Retour à Prévention

Adolescence : "Allô Maman, mon dos !"

© iStock © iStock

12% des 15-24 ans se plaignent de douleurs au dos : c'est l'un des constats de la dernière enquête de santé réalisée par Sciensano, l'institut belge de santé, auprès de 10.700 personnes. Alarmant, quand on sait qu'un enfant sur deux deviendra un adulte souffrant de douleurs lombaires.


Le Belge a de plus en plus mal au dos. En 2018, 23% des hommes et 26,5% des femmes entre 15 et 64 ans ont révélé à Sciensano (1) souffrir de lombalgies (douleurs au bas du dos). Un chiffre en constante augmentation depuis dix ans.

Pire, on assiste à une véritable explosion des cas auprès des plus jeunes sur la même période (+6% pour la tranche des 15-24 ans). Le mal de dos deviendrait-il le "mal du siècle" des générations futu­res ?

Nos ados semblent en tout cas de plus en plus nombreux à aller soigner leurs douleurs dans les cabinets de kinésithérapeutes ou ostéopathes ou à fréquenter les écoles du dos pour y apprendre des techniques et adopter les bonnes postures pour prévenir les rechutes. C’est une impression personnelle aucunement basée sur des études spécifiques, mais j'ai pas mal d’adolescents et même d'enfants qui me consultent parce qu'"ils ont mal au dos", indique Taylan Yilmaz, ostéopathe dans le Brabant wallon.

Une croissance fragile

Mauvaises postures, mauvaises habitudes de vie, plus rarement maladie ou infection... Les raisons qui expliquent les maux de dos sont multiples, mais les principales sont toujours les mêmes. "Ce qui amène surtout les adolescents à consulter, ce sont, d'une part, la sédentarité et l’obésité qui entraînent des problèmes lombaires et orthopédiques et, d'autre part, les excès sportifs provoquant tensions et blessures dorsales", explique Priscilla Franc, médecin à la clinique du dos du centre hospitalier de Wallonie picarde (CHwapi). "Les maux de dos peuvent aussi s'expliquer chez certains jeunes par une croissance 'trop' rapide. En effet, la colonne vertébrale est soumise à rude épreuve à l’adolescence".

Chez l’enfant et l'adolescent, les vertèbres sont plus fragiles car encore essentiellement composées de cartilage. L’ossification se produit entre l’âge de 8 à 10 ans mais ce processus ne s’achève définitivement qu'entre 14 et 25 ans. La colonne vertébrale de l’adolescent va encore se développer en hauteur et en parallèle, les muscles de celle-ci vont suivre ce développement. Ce renforcement musculaire simultané est essentiel pour assurer un soutien correct de la colonne vertébrale. Mais cela ne se fait pas sans heurts. Plusieurs études ont démontré qu’à cette période, la croissance des os s’accélère rapidement alors que les muscles tardent un peu à se développer. "Le jeune peut alors plus rapidement ressentir des raideurs et douleurs", explique Taylan Yilmaz. Ces douleurs peuvent s'installer dans le temps si, en plus d'une croissance rapide, l’adolescent pratique intensivement un sport asymétrique (tennis, football...) ou porte mal son sac à dos au quotidien. Mais toutes les situations - ou presque - peuvent être améliorées par une pratique physique adaptée au corps en plein développement de l'adolescent.

Bouger plus, bouger mieux

Bouger plus, oui, mais pas n’importe comment. La recherche explore de plus en plus le domaine très riche des interventions non médicamenteuses. Et pour soigner le mal de dos, tous les spécialistes s'accordent à dire que le mouvement est indispensable. Prendre les escaliers au lieu de l’ascenseur, s’arrêter une station de métro ou de tram plus tôt, utiliser un vélo dès que possible pour se déplacer, nager… représentent une première réponse. Ces efforts physiques sont bien plus efficaces que le repos pour venir à bout des douleurs dorsales. Le repos est en fait un mauvais réflexe, acquis lors de maladies épisodiques comme une grippe. En pensant soigner la lombalgie par le repos, on l’aggrave, au contraire. Moins le patient bouge et moins il se sent capable de bouger. L’inactivité physique le rend plus vulnérable à d’autres problèmes de santé. La lombalgie se complique et devient chronique. À l’opposé, le danger serait d’aller trop loin, trop vite, trop fort. Prendre des traitements masquant la douleur, pratiquer du sport à outrance ou "faire avec" permettent peut-être d’oublier le mal mais ne règlent rien.

Auto-gérer pour traiter

Pour autant, la douleur lombaire est en général sans gravité et son évolution est spontanément bonne dans la très grande majorité des cas si l'adolescent applique quelques bonnes habitudes (voir "Prévenir le mal de dos chez l'ado"). Rappelons qu'en Belgique, 80 à 85% de la population a déjà souffert d’un mal de dos. Souvent, il s’agit d’une douleur sans réelle gravité. Trois personnes sur quatre voient cette douleur disparaître dans le mois qui suit. Pour cette raison, il faut éviter de "médicaliser" ce qui ne devrait sans doute être considéré que comme un incident, désagréable certes, mais inhérent à notre condition de bipèdes, comme le souligne le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (2). Par conséquent, la base du traitement est de faire confiance à la nature… et à l'ado lui-même, parfaitement capable de se soigner seul, moyennant un peu d’encadrement.


Tout va bien, ou presque

Bonne nouvelle : si une proportion de plus en plus importante de Belges se plaint de douleurs au dos, près de huit personnes sur dix, interrogées dans le cadre de la 6e enquête de santé menée par Sciensano avec Statbel, l'office belge de statistique, qualifient leur état de santé de bon à très bon.

Et pourtant, le pourcentage de personnes rapportant des maladies chroniques com­me le diabète, l'arthrose ou les troubles thyroïdiens a augmenté régulièrement au cours des 15-20 dernières années. Mais, paradoxalement, la perception subjective de la santé est restée relativement stable au cours de cette même période. Cet élément indique qu'un nombre croissant de personnes atteintes de maladies chroniques se sentent malgré tout en bonne santé grâce, notamment, à une meilleure qualité des soins.

Sans surprise, les maladies cardiovasculaires demeurent l'une des causes principales de décès. Il n'est donc pas surprenant que les facteurs de risque les plus importants tels que l'hypertension artérielle et l'hypercholestérolémie figurent en bonne place parmi les dix affections le plus fréquemment signalées : près d'une personne sur cinq déclare souffrir d'hypertension artérielle et une proportion quasi identique indique avoir un taux de cholestérol élevé.

Des seniors plus fragiles

Pour la première fois, des informations sur la "fragilité" des personnes âgées ont  été recueillies. Une notion qui désigne le manque de réserve physiologique qui empêche les personnes âgées de faire face aux problèmes auxquels elles sont confrontées, comme par exemple une chute accidentelle ou un séjour à l'hôpital. Près de 23 % des personnes âgées de 65 ans et plus sont considérées comme "fragiles" et 37 % apparaissent "pré-fragiles", c'est-à-dire présentant un risque accru de devenir fragiles, ce qui représente une "part considérable de la population âgée".

Enfin, les résultats de l'enquête confirment le phénomène des inégalités sociales de santé, déjà établi par plusieurs études. Les personnes peu instruites restent plus susceptibles de souffrir notamment d'hypertension, d'infarctus, de problèmes au bas du dos, d'asthme, etc. Elles sont donc également plus susceptibles de souffrir de multimorbidité. Sciensano appelle dès lors les politiques à développer des mesures visant à contrer ces inégalités socio-économiques.

>> Plus d'infos : www.sciensano.be

Prévenir le mal de dos chez l'ado

Des recommandations simples et faciles à appliquer peuvent ménager la bonne santé dorsale.

  • Adopter une bonne position en classe

Éviter que l'adolescent ne se couche sur son bureau lorsqu'il écrit. L'enseignant peut le lui faire remarquer, mais cela ne suffira sans doute pas à prévenir son mal de dos. Équiper les écoles de mobilier ergonomique, avec des chaises réglables et tables inclinables est souhaitable. Selon les spécialistes, si l'enfant se tient "mal" avec un mobilier standard, c'est parce qu'il cherche des positions moins contraignantes pour soulager sa colonne vertébrale.

  • Porter correctement son sac à dos

Bien veiller à ce que l'enfant ou l'ado porte son sac ou cartable sur les deux épaules et à ce que les bretelles soient correctement réglées en fonction de sa taille. Toute solution qui permet d'alléger le poids du sac est bonne à envisager, comme par exemple le principe d'un livre ou d'un classeur pour deux.

  • Prendre des bonnes habitudes

Adopter une bonne hygiène de vie est d'autant plus important que l'adolescent, en pleine croissance, se fatigue plus vite : bien dormir et suffisamment longtemps (8 à 10 heures par nuit), manger sain et varié… L'excès de poids ou une alimentation mal équilibrée sont en effet des facteurs de risque importants pour la santé du dos.

  • Pratiquer une activité sportive adaptée

Conseiller à l'adolescent des activités sportives adaptées à ses goûts et aptitudes. Le capital de l'organisme en calcium est fixé à 20 ans et l'exercice physique est indispensable au cours de la croissance, sous peine de maux de dos à l'âge adulte. À l'inverse, éviter qu'il pratique des sports de manière trop intensive pour éviter le risque de douleur dorsale dans le futur. Dans tous les cas, un échauffement et des exercices d'assouplissement sont indispensables pour prévenir ce risque.