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L'alcool, je t'aime moi non plus

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Apéros entre amis, barbecues au soleil, festivités de l'été… il est rare que l'alcool n'accompagne pas ces événements. Là une bouteille de vin, ici une coupette ou une pils, on partage volontiers un verre, on y voit détente et plaisir. Quarante et une idées reçues sont passées au crible mettant "l'alcool en questions". Extraits.


Facile à produire, l'alcool est largement disponible. Sa consommation est "profondément ancrée dans notre culture". Refuser un verre entraine souvent l'étonnement. L'accepter serait comme un gage de convivialité. Mais si les abstinents complets se voient taxés de rabat-joie, ceux qui n'arrivent pas à s'en passer font rapidement face aux qualificatifs d'ivrogne ou de poivrot. Ce serait ainsi une forme de relation "amour/haine" qui lierait notre société à la substance. Appréciée, elle est par ailleurs très critiquée. D'autant qu'elle est aussi mise en cause, com me facteur de risque dans le développement de maladies graves, comme responsable d'accidents de la route à issue fatale… Un groupe de spécialistes – médecins, pharmaciens, psychologues, juristes… dont la plupart sont membres de la Cellule Drogues de l'Université de Liège - s'est attaché à démont(r)er quelques idées reçues. Dans un ouvrage collectif, ils répondent brièvement à chaque question, en s'appuyant sur l'état actuel des données scientifiques tout en veillant à être accessibles. Des effets sur la santé et les comportements, en passant par un large chapitre sur l'alcoolisme, ils apportent des réponses nuancées à des questions parfois banales, mais néanmoins importantes.

Boire un peu d'alcool est-il bon pour la santé ?

Qu'en est-il du message largement répandu qu'une consommation légère ou modérée d'alcool est bonne pour le cœur ? Est-ce prouvé scientifiquement ? (…) Les effets de l'alcool sur le système cardiovasculaire sont très différents selon la quantité consommée. Les effets délétères d'une consommation abusive d'alcool sont bien établis et incluent hypertension artérielle, cardiomyopathie et troubles du rythme. En revanche, de nombreuses études épidémiologiques suggèrent qu'une consommation modérée et régulière d'alcool est liée à une diminution du risque global de survenu d'une maladie cardiovasculaire. (…) Il faut souligner cependant la complexité des études épidémiologiques et le nombre de facteurs confondants possibles. Ainsi que le soulignent les chercheurs de l'Inserm-Paris, les données actuelles ne permettent pas d'établir avec certitude un lien de causalité entre consommation modérée d'alcool et bonne santé. (…) En conclusion, le message à retenir actuellement reste le suivant : si vous consommez de l'alcool, faites-le avec modération !

Le whisky est-il plus toxique que la bière ou le vin ?

Les boissons alcoolisées diffèrent par leur teneur en alcool : l'alcool présent dans la bière est plus dilué que l'alcool présent dans le whisky. Mais boire un verre de bière de 25 centilitres à 5°, un verre de vin de 10 cl à 12° ou un verre de whisky de 3 cl à 40° apporte la même quantité d'alcool pur dans l'organisme, à savoir environ 10 grammes ou une unité. (…) L'OMS (Organisation mondiale de la santé) recommande de ne pas dépasser 3 unités d'alcool par jour pour les hommes et 2 pour les femmes, et jamais plus de 4 en une seule occasion. Des quantités supérieures peuvent en effet avoir des conséquences néfastes sur la santé (…).

Boire du café permet-il d'atténuer les effets de l'alcool ?

Le café est le psychotrope le plus consommé dans le monde pour ses propriétés antifatigue. Il contient de la caféine qui est un psycho-stimulant léger. (…) Boire du café après une soirée un peu trop arrosée est un réflexe fréquent, soutenu par la croyance que "boire du café" va atténuer les effets comportementaux de l'alcool [ndlr: notamment confusion, euphorie, somnolence]. Un étude intéressante a été réalisée (…) sur 15 volontaires adultes (…). Les effets sur la conduite automobile ont été examinés au moyen d'un simulateur de conduite. (…) L'alcool augmente la latence de freinage par rapport au placebo, allongeant significativement la distance parcourue avant que le pied ne quitte l'accélérateur. Malgré une légère amélioration du temps de freinage (avec la caféine), le risque accru d'accident reste présent car les calculs effectués indiquent que la distance avant freinage reste significativement plus grande qu'avec le placebo. Il est important de souligner que ces conclusions sont également valables pour les boissons énergisantes comme le Red Bull®. Les auteurs notent à ce propos "que le sentiment illusoire d'être moins en état d'ébriété grâce à ces boissons incite à ingérer davantage d'alcool".

Consommer de l'alcool remonte-t-il le moral ?

Après ingestion d'alcool, lorsque la concentration d'alcool dans le sang est ascendante, les effets sont plutôt stimulants, euphorisants. Les sujets rapportent généralement se sentir plus exaltés, bavards, excités, stimulés. Ensuite, lorsque la concentration d'alcool dans le sang est descendante, il y a un effet plus sédatif, dépressogène. Les sujets rapportent avoir le cafard, des difficultés de concentration, se sentir plus mous, apathiques. Ces effets de stimulation et de sédation sont dépendants non seulement de l'évolution ascendante ou descendante de la concentration sanguine mais aussi de la dose d'alcool ingérée. (…) En conclusion, les résultats scientifiques confirment ce que chacun a pu certainement expérimenter dans la vie : l'alcool peut rapidement remonter le moral, mais cet effet est temporaire.

Pour en savoir plus ...

couverture du livre l'alcool en questions

L'alcool en questions, sous la dir. de V. Seutin, J. Scuvée-Moreau et E. Quertemont • éd. Mardaga • 2015 • 224 p. • 25 EUR.