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Le Covid à la loupe
 

(c)Yasmine Gateau (c)Yasmine Gateau

Un an et demi après son arrivée dans nos vies, que savons-nous du Covid-19 ? Contamination, formes sévères, traitements, séquelles… En Marche fait le point sur les réponses apportées par la science… et ce qui reste à découvrir.   


Le Covid, c’est quoi comme maladie ?

Le Covid est causé par le SARS-CoV-2, un coronavirus apparu chez l’humain en 2019. "Nous le considérons d’abord comme une maladie respiratoire parce que son mode d’acquisition et ses symptômes les plus fréquents sont d’ordre respiratoire, explique le Pr Jean Cyr Yombi, responsable des maladies infectieuses aux Cliniques universitaires Saint-Luc (CUSL). Le SARS-Cov-2 cible des cellules humaines présentes dans le nez, le pharynx et les poumons, mais aussi à la surface des vaisseaux sanguins, dans les reins, la peau et le tube digestif. Ce qui explique la diversité des symptômes et expressions cliniques de cette maladie."   

Avant : la contamination

Un fœtus peut-il être infecté par le Covid ? 

Il semblerait que non. Durant la grossesse, si la mère tombe malade, le placenta agit comme un bouclier entre le fœtus et le sang maternel. C’est du moins ce qui ressort d’une étude menée par des chercheurs de l’UCLouvain. "Nous avons prélevé des cellules de placenta recueillies après la naissance et les avons bombardées in vitro (en laboratoire) avec de grandes quantités de SARS-CoV-2, explique le Pr Frédéric Debiève, chef du service d’obstétrique des CUSL (1). Le coronavirus s’est montré incapable d’'entrer' dans les cellules placentaires et de s’y développer. Ce qui nous permet de conclure, avec un assez haut degré de certitude, que le placenta joue efficacement son rôle protecteur." L’étude ne porte toutefois que sur des placentas issus de grossesses menées à terme. La protection est probablement efficiente aux 1er et 2e trimestres, mais ceci doit être confirmé.  

Pourquoi une personne infectée par le Covid ne contamine-t-elle pas forcément ses proches ?

Qui ne connait pas un conjoint, un enfant ou un colocataire qui, testé au positif au Covid, n’a pas contaminé les personnes vivant sous le même toit ? Sans parler de ces chanceux qui, au milieu d’un cluster, n’ont pas été touchés ! C’est normal : aucune maladie n’est contagieuse à 100 %, même quand la charge virale est élevée dans un lieu donné. Et pour cause : "La susceptibilité à la contamination au Covid – et à n’importe quelle maladie – varie d’une personne à l’autre, explique le Pr Yombi. À conditions égales (même proximité avec un malade, même durée d’exposition…) et profil similaire (genre, âge, état de santé, etc.), certaines personnes seront infectées tandis que d’autres passeront à travers les mailles du filet."

Certains groupes sanguins sont-ils mieux protégés contre le Covid ?

Cette information a beaucoup circulé au début de la pandémie. Les personnes du groupe sanguin O bénéficieraient d’une certaine protection contre le Covid et ses formes sévères tandis que celles du groupe A y seraient plus sensibles. Aujourd’hui, on n’en est plus aussi sûrs. "Les conclusions des études sont contradictoires, réagit le Pr Yombi. La difficulté tient sans doute au fait que tous les paramètres et facteurs de risques n’ont pas toujours été pris en compte. Ainsi, par exemple, les groupes sanguins ne sont pas distribués de la même façon selon les pays et les groupes ethniques…" Une chose est sure : même si elle était avérée, la "protection" conférée par le groupe sanguin O est loin d’être absolue ! En témoignent les ravages faits par le Covid dans des régions comme le Brésil où ce groupe sanguin est pourtant majoritaire…

Pendant : les formes sévères

À partir de quand une personne infectée risque-t-elle des complications et une hospitalisation ?

En général, la première semaine de maladie est gérable. C’est après que les choses peuvent se corser ! "Lorsqu'une hospitalisation s'impose, c'est généralement dans les 8à 10 jours après les premiers symptômes, observe le Pr Yombi. Si la fonction respiratoire se dégrade, cela survient entre le 10 et le 12e jour. La très grande majorité des patients se sentent alors essoufflés. Pourtant, certains (environ 6 à 10 % selon des études) ne le sont pas du tout, alors que leur saturation (concentration, NDLR) en oxygène dans le sang est inférieure à 94 % (2). Or, cette mesure est l’un des critères objectifs d’aggravation de la maladie."   

Que se passe-t-il dans les formes sévères de la maladie ?

Environ 15 % des cas évoluent vers une forme sévère et 5 % vers une forme critique de la maladie. Les patients développent notamment une grave pneumonie. Face à cette situation, le système immunitaire met les bouchées doubles, surréagit et s’emballe. Il relâche alors beaucoup trop de cytokines. Ces substances régulatrices peuvent être vues comme des messagers de guerre, chargés de coordonner les attaques sur le microbe. En temps normal, les cytokines s’arrêtent à temps, quand l’ennemi est en passe d’être détruit. Mais dans les formes sévères et critiques du Covid, les cytokines peuvent provoquer une hyper-réaction inflammatoire dans le corps. Cet "orage cytokinique", difficile à contrôler, aggrave l’atteinte pulmonaire et la détresse respiratoire, augmente les risques de thrombose et d’embolie et peut également abîmer d’autres organes : le cœur, les reins, etc. (3)    

Comment soigne-t-on le Covid à l’hôpital ?

Depuis le début de la pandémie, de nombreux médicaments ont été testés. Grâce à plusieurs études aux résultats concordants et effectués sur un grand nombre de patients, les médecins ont amélioré la prise en charge des formes modérées à sévères. Actuellement, en Belgique, le traitement de base administré dans les hôpitaux repose sur :

  • la dexaméthasone (cortisone), un puissant anti-inflammatoire ;
  • un anticoagulant pour prévenir les complications de type thrombose et embolie ;
  • des anti-interleukines 6 pour bloquer une réaction inflammatoire excessive ;
  • un apport supplémentaire en oxygène (par masque, sonde ou, dans les cas les plus sévères, par intubation) ;
  • des anticorps par voie intraveineuse chez les patients à risque – immunodéprimés, grand âge, etc. – malades depuis moins de dix jours et n’ayant pas besoin d’oxygénothérapie.

D’autres molécules sont en cours d’évaluation un peu partout dans le monde. Et quand un traitement a fait la preuve de son efficacité, les protocoles de soins sont adaptés.

Après : les séquelles

Que faire contre le Covid long ?

Il faut distinguer deux types de symptômes post-Covid :

  • les séquelles causées par la dégradation de certains organes durant une forme sévère,
  • des symptômes qui surviennent ou persistent des semaines, voire des mois après une forme pourtant légère à modérée, voire peu symptomatique, et qui constituent ce que l’on appelle le Covid long.

Entre 10 et 20 % des personnes infectées seraient concernées par le Covid long. Elles se plaignent surtout de fatigue, d’essoufflement (à l’effort), de problèmes de la concentration ou encore de troubles persistants du goût et/ou de l’odorat. "Le Covid long existe, c’est certain, mais ses mécanismes ne sont pas encore complètement compris. Nous avons besoin de temps pour l’étudier ! En attendant, nous préconisons une prise en charge multidisciplinaire avec un bilan médical en fonction de la plainte (chez un neurologue ou un ORL, par exemple), notamment pour exclure d’éventuelles autres causes pouvant expliquer les symptômes. Nous proposons aussi des programmes de remise à l’activité physique. En effet, nous constatons que l’exercice améliore la qualité de vie, le moral et parfois les symptômes de ces patients."    

Le Covid peut-il provoquer certaines maladies secondaires ?

Un peu partout dans le monde, on remarque une augmentation de certains troubles post-Covid. Toute la question est de savoir s’il y a un véritable lien de cause à effet et, si oui, dans quelle mesure. Exemple : le diabète. Cette maladie chronique est associée à un risque accru de Covid sévère, mais la relation est bidirectionnelle. En effet, en ciblant aussi les cellules qui produisent l’insuline, le SARS-CoV-2 peut aggraver un diabète préexistant et causer de graves complications métaboliques. Ce n’est pas tout : des personnes qui n’étaient pas diabétiques le sont devenues à la suite d'une infection Covid ! Dès lors, plusieurs questions se posent : ce diabète est-il transitoire ou va-t-il devenir chronique ? S’agit-il d’un diabète de type 1, de type 2 ou d’un nouveau type, propre au Covid ? Comment le prendre en charge ? Des recherches sont en cours pour tenter d’y voir plus clair.

 


Pour en savoir plus ...

Lexique

  • Anticorps : petits "soldats" du système immunitaire, fabriqués pour détecter et attaquer un microbe spécifique
  • Comorbidité : trouble ou maladie déjà présente au moment d’une nouvelle maladie
  • Cluster : foyer épidémique de contamination
  • Cytokines : substances qui régulent la réponse immunitaire
  • Charge virale : concentration de virus dans un espace donné
  • Réponse immunitaire : réaction plus ou moins efficace de notre système immunitaire face à un microbe
  • Variant : souche d’un virus

Le SARS-Cov-2 finira-t-il par disparaître ?

C’est ce que tout le monde espère ! Mais à moyen terme, c’est peu probable. Si les campagnes de vaccination avancent bien dans nos contrées, nous sommes encore loin d’une couverture vaccinale ou d’une immunité collective mondiale. Cela dit, "les virus qui, comme le SARS-Cov-2, mutent beaucoup ont tendance à l’épuisement, note le Pr Yombi. Il est possible qu’avec le temps, les variants du Covid perdent en virulence, rendent moins malades et touchent moins de gens. Mais nous ne savons pas quand ni dans quelle mesure cela se produira."