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Le volontariat c'est bon pour la santé 

par Joëlle Delvaux et Stéphanie Van Haesebrouck -

Les personnes qui participent à la vie associative consomme moins de médicaments (c)iStock Les personnes qui participent à la vie associative consomme moins de médicaments (c)iStock

Épanouissement, confiance en soi, sentiment d'inclusion dans la société… mais aussi consultations moins fréquentes des médecins, moindre consommation de médicaments... Une vaste étude, réalisée par la Mutualité chrétienne, ses mouvements et l'UCLouvain, montre une corrélation claire entre le volontariat et la santé. Ce résultat est encore plus marquant pour les volontaires actifs au sein d'Altéo, d'Énéo et d'Ocarina (anciennement J&S).


L'engagement volontaire dans le secteur associatif a-t-il un impact sur la santé? Telle est la question à laquelle le projet de recherche ambitionnait de répondre (1). L'étude a été menée par le service d'études de la MC et des chercheurs de la Faculté de psychologie de l'UCLouvain, en collaboration étroite avec les mouvements francophones et néerlandophones partenaires de la MC : Altéo et Samana (mouvements de personnes malades, valides et handicapées), Énéo, énéoSport et Okra (mouvements des aînés) et Ocarina et Kazou (organisations de jeunesse) ainsi qu'Intersoc (service vacances de la MC.

2.053 volontaires engagés dans ces associations ont répondu à un questionnaire en ligne et donné leur accord pour coupler leurs réponses à l'analyse de leurs données de santé sur les années 2017 et 2018. Près de 5.000 membres de la MC ont complété le panel, selon les mêmes modalités. Pour effectuer des comparaisons, les 7.021 participants ont été répartis en quatre groupes: les volontaires actifs dans un ou plusieurs mouvements de la MC, les membres MC actifs dans une association ou organisation, les membres MC qui prennent part à la vie associative de manière passive et les membres MC qui n'y participent pas du tout.

Un mieux-être lié à l'engagement

Dans notre société, il existe quantité d'opportunités de s'engager activement dans des associations, clubs, ONG et autres organisations. Les domaines dans lesquels le volontariat (2) peut s'exercer sont aussi variés que la promotion de la santé et du bien-être, l'aide et/ou les soins aux personnes, l'éducation permanente, la culture, l'enseignement, la vie de quartier, le sport, le folklore, l'environnement, le féminisme, le social, la coopération internationale, etc.

Des réponses apportées au questionnaire, il ressort que le fait de participer activement à la vie associative a un impact positif sur le bien-être : confiance en soi, estime de soi, soutien social, empathie, épanouissement, intégration dans la société, sens de l'existence… Les liens sont significatifs pour toutes les variables mesurées et auto-rapportées par les répondants. On épinglera que les volontaires actifs dans les mouvements de la MC se perçoivent en meilleure santé que les trois autres groupes. À l'inverse, les personnes qui ne participent pas du tout à la vie associative ont une perception moins bonne de leur santé et un sentiment de solitude plus prégnant.

Moins souvent chez le médecin

Lorsqu'on se sent en meilleure santé, on recourt moins souvent aux soins de santé. Les résultats de la recherche confirment cette hypothèse. Ainsi, les personnes qui ne participent pas du tout à la vie associative - et se sentent en moins bonne santé - entrent davantage en contact avec les médecins généralistes et spécialistes que les personnes ayant une participation active ou passive. Et ce, indépendamment de leur âge, qu'elles soient homme ou femme, qu'elles vivent seules ou non, qu'elles bénéficient de l’intervention majorée ou non. Concernant les médecins spécialistes, ce sont les volontaires actifs à la MC qui y ont significativement le moins souvent recours. En moyenne, ils ont 4,1 contacts par an avec un spécialiste tandis que ceux qui ne participent pas à la vie associative ont en moyenne 4,8 contacts par an, soit 17% de contacts en plus.

La tendance est identique pour les hospitalisations de jour (non chirurgicales) : les volontaires des mouvements de la MC ont, en moyenne, 0,33 hospitalisation de jour par an. En revanche, ceux qui ne participent pas à la vie associative en ont, en moyenne, 0,48, soit 48% de plus.

Moins de médicaments

L'engagement volontaire a également des effets significatifs sur la consommation de médicaments remboursés. Les volontaires actifs dans les mouvements de la MC sont plus nombreux que les personnes appartenant aux trois autres groupes à ne pas en consommer du tout. À l'inverse, les personnes qui ne participent pas à la vie associative présentent, en volume, une consommation de médicaments significativement plus élevée que les trois groupes qui y participent. La corrélation est particulièrement forte dans la classe thérapeutique N, soit celle des médicaments agissant sur le système nerveux (antiépileptiques, antidépresseurs, antipsychotiques…) : les personnes sans participation à la vie associative consomment deux fois plus de ces médicaments que les volontaires actifs dans les mouvements de la MC.

"Même si l'on ne peut affirmer avec certitude qu'il y a un lien de cause à effet, la corrélation entre le volontariat et la santé ressort clairement de cette étude, affirment Jessica Morton et Bernard Rimé, chercheurs à l'UCLouvain. Les résultats entrent en cohérence avec un courant scientifique qui montre combien la participation à la vie sociale va de pair avec le bien-être. Le volontariat n'est pas seulement une source d'enrichissement pour la vie en société, il l'est aussi pour la santé et le bien-être de ceux qui s'y engagent", concluent les chercheurs.


Pour en savoir plus ...

>> Les résultats complets de l'étude sont disponibles ici

Lire aussi l'édito d'Alexandre Verhamme

Être volontaire à la MC, le choix du lien et du sens

Les volontaires actifs au sein des mouvements partenaires de la MC se sentent particulièrement en bonne santé : tel est l'un des constats réjouissants de l'étude décrite ci-dessus. Témoignages.

"Je m'investis pour rompre l'isolement des personnes en invalidité et leur offrir un univers accueillant, Jean, volontaire à Altéo

L'invalidité et l'isolement… Jean, 73 ans, les a vécus. "Je travaillais comme ingénieur pour une grande multinationale lorsqu'on m'a proposé un poste envié de tous. J'avais 51 ans et j'ai accepté cette nouvelle fonction… mais, en fait, elle ne servait à rien ! Un an et demi plus tard, je suis tombé en 'bore out' (NDLR – épuisement professionnel lié à un manque de travail ou à l'ennui suscité par les tâches qui sont confiées), puis en dépression profonde", confie Jean.

C'est à la suite d'un voyage proposé aux invalides par Altéo que Jean s'est initié au volontariat. "Lors de ce séjour, j'ai fait la connaissance de personnes rencontrant les mêmes difficultés que moi. Un an plus tard, des vacanciers ont créé un comité d'invalides. Ils m'ont proposé de les rejoindre. C'est alors que j'ai expérimenté le bénévolat pour la première fois, explique Jean qui voit à sa maladie, un côté positif : J'ai découvert un monde où règnent le respect, la solidarité et la convivialité. Notre comité tente de briser l'isolement des personnes en invalidité. On organise des conférences, des excursions, des balades, des diners… Assez vite, j'ai retiré du plaisir de cet engagement et j'ai pris conscience que je servais à quelque chose. J'ai longtemps été suivi par mon médecin, par un psychothérapeute et je prenais des médicaments mais tout cela est désormais derrière moi. Ce qui m'a aidé, c'est la chaleur humaine qui, selon moi, est indissociable de la guérison physique et morale.

Aujourd'hui, Jean s'active toujours au sein du comité dont il est devenu le secrétaire. Il s'implique aussi à d'autres niveaux dans le mouvement auquel il consacre deux à trois jours par semaine. "Cela me permet de rester en forme", lance-t-il. 

"Organiser des activités m'apporte un bien-être physique et moral", Chantal, volontaire à Énéo et énéoSport

À peine rentrée de son cours de yoga, Chantal, 65 ans, explique d'une voix enjouée comment elle a découvert Énéo et sa branche sportive. "Je venais d'emménager dans la province de Luxembourg, et ma sœur m'a proposé de participer à une marche organisée par énéoSport. En deux ans, cette association m'a permis de me refaire tout un cercle d'amis. Elle poursuit : Au-delà des bienfaits de la marche, on apprend beaucoup au contact des autres. Les aspects humains et sociaux sont plus importants que l'activité sportive elle-même". C'est, entre autres, ce qui a poussé Chantal à devenir présidente de la marche des Granvigous. Après avoir suivi une formation, elle donne aussi désormais un cours de gymnastique douce aux 75-80 ans. "J'aime voir arriver ces dames toute coquettes. On se raconte des blagues. On s'amuse beaucoup." Chantal se réjouit de retrouver ce même état d'esprit lors d'autres activités organisées par Énéo (excursions, sorties, fêtes…). "Je remarque à quel point faire partie d'un groupe est valorisant. Et ces rencontres s'enrichissent de la présence occasionnelle des plus jeunes. Les marches "grands-parents et petits-enfants" plaisent en effet autant aux aînés qu'aux enfants." 

"J'ai envie de transmettre tout ce que l'on m'a transmis. Surtout, cette bienveillance", Louis, actif à Ocarina

Louis, 20 ans, consacre cinq à six soirées par mois comme volontaire au sein d'Ocarina, organisation de jeunesse qui, il y a quelques mois encore, s'appelait Jeunesse&Santé. "Après avoir co-animé des stages pour enfants dans mon village, j'ai voulu me former pour pouvoir encadrer seul un groupe. J'ai opté pour la formation d'animateur organisée par Ocarina."

Être animateur lui a tout de suite plu : "J'ai découvert les 'obligations positives'. Rien ne nous oblige à nous investir mais dès qu'on fait ce choix, on l'assume à fond et on honore ses engagements avec plaisir. J'aime voir qu'on est tous rassemblés autour d'une même cause". Louis apprécie tant son volontariat qu'il a décidé de découvrir les coulisses de l'animation et d'intégrer le comité Ocarina de sa région. "Le volontariat nous force à bouger, à découvrir nos limites aussi. Mais il m'a surtout permis de développer des relations, de gagner en confiance en moi, en prenant la parole en public, par exemple. Et j'ai découvert le sentiment de bienveillance que je compte bien transmettre à mon tour."

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