Prévention

Les soins intimes du petit garçon

Lorsque nait leur premier garçon, les parents s'interrogent sur la bonne attitude à adopter par rapport au développement du pénis de leur fils. Faut-il le décalotter (1) dès le plus jeune âge ou au contraire laisser faire la nature et ne pas forcer ? Quand faut-il s'inquiéter d'un prépuce trop serré ? Quelles sont les interventions possibles ? Réponses tout en nuances.

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© Photoalto Belgaimage
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Joëlle Delvaux

Joëlle Delvaux

Il suffit d'en parler autour de soi ou de lire ce qui se partage sur les réseaux sociaux pour s'en rendre compte : le décalottage et la circoncision font partie des interrogations les plus fréquentes des jeunes parents d'un petit garçon. En la matière, chacun y va de ses conseils, partage ses expériences, fait part de ses convictions ou regrets, manifeste son désarroi. C'est que le sujet est délicat. Il touche éminemment à l'intime. Dans le même temps, il renvoie à des conceptions culturelles et religieuses différentes, à des traditions aussi, ancrées parfois depuis des générations. Par ailleurs, d'un point de vue strictement médical, le fait que différentes "écoles" continuent à se côtoyer ne facilite pas les choses pour les parents… Essayons d'y voir plus clair.

Un peu d'anatomie

À la naissance, le prépuce – la peau qui recouvre l’extrémité du pénis – adhère complètement au gland. Chez 95% des nouveaunés, l'orifice formé par le prépuce est serré. Jusqu’à l’âge de trois ou quatre ans, il est physiologique que le gland ne se découvre pas, même en cas d'érection spontanée. Ce n'est donc pas un phénomène anormal. La rétraction du prépuce est impossible chez 50% des garçons d'un an, 20% des petits de deux ans et 10% des gamins de trois ans. Du point de vue hygiénique, il est plutôt bénéfique que le prépuce continue de couvrir le gland : c’est la période des couches et le prépuce protège des urines et matières fécales.

Le développement du pénis est très progressif jusqu'à la puberté. Avec les années, l'anneau prépucial – à savoir l'ouverture du prépuce – s'élargit et devient élastique. Peu à peu, avec les érections, gland et prépuce vont se séparer naturellement. Résultat : à 10-12 ans, 95% des garçons ont un prépuce tout à fait assoupli normalement, sans décalottage forcé. Ils sont 99% à l’âge de 16 ou 17 ans.

En finir avec la méthode à la dure

Pendant des décennies, on a demandé aux parents – et aux mamans en particulier – de décalotter leur nourrisson ou petit garçon à chaque bain, quitte à forcer les choses. Ces recommandations médicales étai ent basées sur l’idée que des infections pouvaient se loger entre le prépuce et le gland et que le décalottage favorisait l’hygiène en nettoyant les sécrétions sous le prépuce. On avait également peur du phimosis (un prépuce trop serré qui empêche la sortie du gland). On pensait aussi que le décalottage forcé éviterait des saignements et infections lors des premiers rapports sexuels…

Cette ancienne méthode reste encore inscrite dans l'imaginaire collectif et dans les habitudes familiales. Et certains médecins continuent à recommander le décalottage forcé dès le plus jeune âge. Pourtant, cette pratique est douloureuse et traumatique sur le plan psychique pour l'enfant. Elle est également inutile – la séparation du prépuce et du gland s'effectue naturellement avec le temps – et elle s'avère même nocive : les risques d'infection prétendument évités sont tout simplement favorisés par le décalottage forcé. Sans parler des risques de phimosis cicatriciels provoqués par la trop forte pression exercée sur le prépuce.

Laisser faire la nature

Le message et les pratiques ont fortement évolué même si l'on ne peut pas parler de consensus au sein du corps médical. Il n'existe d'ailleurs pas de guidelines ou de recommandations de bonnes pratiques à destination des pédiatres et généralistes, comme c'est le cas dans bien d'autres matières médicales. "Une lacune sans doute", convient Françoise Mascart, secrétaire scientifique du groupement belge des pédiatres de langue française et pédiatre au CHC de Liège. L'hygiène du petit garçon ne semble pas davantage être approfondie dans le programme de cours des futurs médecins et pédiatres.

"De nos jours, on conseille de laisser faire le temps et de ne pas forcer le décalottage d'un prépuce serré, ce qui vaut donc pour la grande majorité des tout-petits", explique Stéphanie Jasienski, chirurgienne et urologue pédiatrique au CHU de Charleroi. Françoise Mascart confirme : "En consultation, je regarde si le prépuce du petit garçon est décalottable. Si la peau qui recouvre le gland s'ouvre (cela arrive quand même), j'explique aux parents qu’il faut nettoyer en dessous. Par contre, si le prépuce reste collé, je leur dis de surtout ne pas y chipoter. Cela ne sert à rien d'en faire une obsession".

Il faut apprendre à l’enfant à se laver le zizi comme on lui apprend à se laver les dents.

Stéphanie Jasienski souligne encore : "Vers l'âge de 4-5 ans, généralement, l'enfant arrivera à se décalotter seul, en tirant lui-même sur la peau de son zizi. La fin du bain est une bonne occasion car c'est un moment de détente et l’eau tiède assouplit la peau. Ce geste quotidien permet de libérer progressivement les adhérences résiduelles". Et de livrer des conseils en matière d’hygiène : "Il faut apprendre à l’enfant à se laver le zizi comme on lui apprend à se laver les dents. Cela n’a rien de compliqué, que l’enfant soit décalottable ou pas. Le pénis doit être lavé quotidiennement au savon et au gant de toilette, comme n'importe quelle autre partie du corps".

Intervenir médicalement ?

Dans la plupart des cas, il n'y a donc rien à faire et aucune raison particulière de s’inquiéter. En cas de doute ou de question, il ne faut toutefois pas hésiter à consulter un pédiatre qui pourra détecter un éventuel problème et conseiller au mieux sur ce qu'il y a lieu de faire ou pas. "Si un garçon n’est pas décalotté à 5-6 ans, voire à 7-8 ans, il n'y a rien de grave, estime Stéphanie Jasienski. On peut encore laisser faire le temps. Mais s’il y a une demande ou une anxiété chez les parents ou l’enfant, on peut proposer des interventions non chirurgicales pour faciliter le décalottage."

Le médecin peut le pratiquer sur un prépuce assoupli par l'application, pendant plusieurs semaines, d'une crème à base de cortisone. Ce geste médical peut aussi s'effectuer sous Meopa (un gaz administré pour détendre l'enfant), après application d’une crème anesthésiante sur le prépuce, peu avant la consultation.

"Dans la majorité des cas, on arrive à résoudre les problèmes et à éviter ainsi une éventuelle intervention chirurgicale", assure Stéphanie Jasienski. Mais elle reconnaît que ces actes sont parfois douloureux et peuvent être traumatisants pour l'enfant. Il s'agit toujours d'un décollement forcé du prépuce, même s’il est réalisé de telle sorte qu'il soit le moins brutal possible… Il reste néanmoins légitime de simplement attendre que tout s’arrange spontanément…


La circoncision, dans quelles situations ?

Les indications médicales de la circoncision (le fait de couper le prépuce) sont rares chez l'enfant et l'adolescent : maladies de la peau du prépuce, inflammations du gland et du sillon récidivantes… Chez le nourrisson, certaines malformations congénitales des voies urinaires représentent la principale et rare indication afin d'éviter une infection des reins (pyélonéphrite).

Le traitement du phimosis (un prépuce trop étroit qui empêche le décalottage) est souvent invoqué comme étant la "bonne indication médicale" pour pratiquer une circoncision chez l'enfant. En fait, une indication chirurgicale dans ce cadre-là est très rare quand le développement du prépuce est respecté. Et des alternatives moins mutilantes existent. On peut procéder à des traitements médicamenteux à base de crèmes (comme expliqué ci-dessous). En cas d'échec, une intervention chirurgicale moins invasive est envisageable : la plastie du prépuce. Cette opération permet de conserver le prépuce dont la forme sera simplement modifiée.

La circoncision est le plus souvent pratiquée pour des raisons religieuses (chez les juifs et les musulmans), par tradition culturelle ou sur la base de recommandations hygiénistes, comme aux États-Unis par exemple. Le principal argument invoqué est que le gland étant dénudé, le pénis est plus facile à laver. Rien ne permet pourtant d'affirmer qu'un pénis circoncis est plus "hygiénique" qu'un pénis qui ne l'est pas si l'on adopte au quotidien les gestes simples de lavage.

La diminution du risque de transmission du VIH de la femme à l’homme chez les hommes circoncis est aussi fréquemment avancée par les partisans de la circoncision pour raisons d'hygiène. Toutefois, cet avantage n’est valable que sur une courte durée. En effet, les études démographiques et de santé ne montrent aucune différence de prévalence de VIH entre les hommes circoncis et non circoncis dans des pays à fort taux de VIH (1). En définitive, seul le port du préservatif est protecteur des maladies sexuellement transmissibles.

Quoi qu'il en soit, si la circoncision peut représenter des avantages du point de vue de l'hygiène ou de la santé pour les adultes, il apparaît peu probant d'invoquer ces arguments pour des enfants qui plus est bénéficient de bonnes conditions d'hygiène. A contrario, la circoncision n’est pas une intervention anodine. Certains mouvements comme Droit au corps (2) en appellent ainsi à ne pas pratiquer d'interventions chirurgicales – sauf indications médicales – avant que l'intéressé puisse y consentir (à la puberté voire à l'âge adulte).