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Tiques et maladie de Lyme

par mongeneraliste.be, Philippe Lamotte -

© Illustra Belgaimage © Illustra Belgaimage

Les tiques provoquent des morsures, non douloureuses, qui peuvent passer inaperçues chez l'homme. Lorsque ces "arachnides acariens" déchirent la peau pour se nourrir de sang, ils s'accrochent dans la plaie et y régurgitent leur salive. Or, cette dernière contient parfois des bactéries ou des virus. Ils risquent alors de passer dans le sang de leur "hôte" et de transmettre des maladies infectieuses.


En Belgique, la plus fréquente des maladies infectieuses transmises par les tiques est la maladie de Lyme (ou borréliose, du nom de la bactérie impliquée). Quand elle n'est pas détectée et traitée, cette maladie – non contagieuse – peut parfois avoir de lourdes conséquences (lire ci-après).

Des mesures de prévention, relativement simples, permettent de l'éviter. En Europe de l'Ouest, environ 10% des tiques seraient infectées. Mais elles ne transmettraient la maladie de Lyme que dans moins de 1% des cas. Dans certains pays voisins, les tiques peuvent aussi être à la source de l'encéphalite virale d'Europe centrale ou FSME.

Stop aux tiques

Dans notre pays, le risque de transmission de tiques existe surtout dans les forêts, taillis et bois. Mais ces insectes ont gagné certains parcs et jardins de ville, par exemple en étant transportés par des animaux domestiques qu'elles ont mordus. Pour éviter les morsures et leurs risques lors de déplacements et d'activités de loisir ou de travail dans des lieux où peuvent vivre les tiques, voici quelques conseils :

  • Porter des vêtements couvrants, fermés notamment aux chevilles et aux poignets.
  • Se protéger (ou imprégner ses vêtements) avec des produits anti-moustiques (à base de DEET par exemple) qui sont efficaces, aussi, contre les tiques.
  • Inspecter soigneusement sa peau immédiatement après une randonnée, un jogging, un travail en forêt (ou dans les jours suivants).
  • Se munir d'une pince spéciale, achetable en pharmacie, pour extraire la tique sans casser sa tête.
  • Désinfecter soigneusement la plaie.
  • Consulter un médecin si toute la tique n'a pu être retirée.
  • Vérifier l'absence de tique chez ses animaux domestiques.

Les personnes qui travaillent en forêt, ou dans la nature, doivent être particulièrement attentives aux risques de morsures, plus fréquentes d'avril à octobre. Une tique infectée retirée rapidement (par exemple, dans les 12 premières heures) ne parvient généralement pas à transmettre la maladie de Lyme.

Certaines personnes infectées par la bactérie ne tombent pas malades : leur système immunitaire élimine l'agent infectieux.

Surtout, ouvrir l'œil

Présente sur tous les continents, la maladie de Lyme sévit davantage dans les régions tempérées et froides de l'hémisphère nord, en particulier dans les régions boisées chaudes et humides que les tiques affectionnent. Certaines personnes infectées par la bactérie Borrelia ne tombent pas malades : leur système immunitaire élimine l'agent infectieux. D'autres font la maladie de Lyme, qui se traduit par différents symptômes.

Dans les trois mois à partir de la morsure, des signes qui ressemblent à ceux de la grippe peuvent apparaître. L'infection peut entraîner un symptôme caractéristique : une rougeur, formant une plaque circulaire plus pâle au milieu, s'étend progressivement sur la peau à partir de l'endroit de la morsure. Cet érythème typique peut durer jusqu'à 21 jours, avant de disparaître.

Sans diagnostic ni traitement, la maladie peut refaire surface lors d'une deuxième phase, dans les semaines ou les mois suivants. Elle se manifeste alors par différents signes comme des douleurs aux bras et aux jambes (comme de l'arthrite), des problèmes neurologiques (comme une paralysie temporaire des muscles du visage), des troubles cardiaques (par exemple, un trouble du rythme) ou, moins fréquemment encore, des troubles oculaires, avec une double vision.

Un troisième stade survient parfois des mois ou des années après la morsure, avec des douleurs ou le gonflement d'une ou de plusieurs articulations (souvent celle du genou) et/ou certains troubles dermatologiques ou neurologiques qui deviennent chroniques. La présence d'un ou de plusieurs symptômes varie selon les personnes.

Rapidité = efficacité

Plus le traitement est entamé rapidement, plus il est efficace. Il permet alors de prévenir tout risque de complications. La maladie de Lyme se guérit efficacement grâce aux antibiotiques. Lors que l'infection est découverte de manière précoce, le traitement, par voie orale, ne dure que quelques semaines. Quand la maladie est diagnostiquée lors de ses manifestations tardives, le traitement par antibiotiques est également nécessaire.

Pour en savoir plus ...

Participer à la cartographie

Le site TiquesNet.be permet de signaler le lieu et les circonstances dans lesquels vous avez été mordus par une tique. En ayant recours à ce site, élaboré par l'Institut de Santé publique, vous contribuez à élaborer une cartographie des zones les plus à risques.

Tiques et polémiques

Sous les apparences d'une pathologie connue et maîtrisée, la maladie de Lyme masque une vaste zone grise. Origine du mal, ampleur réelle, modes de diagnostic... beaucoup d'aspects sont sujets à débats et, parfois, à empoignades. Ce qui plonge le patient dans la perplexité, voire la confusion.

La maladie de Lyme est une maladie "difficile". Pas seulement parce que ses symptômes sont d'une très grande diversité, ce qui peut la rendre malaisée à détecter. Ni parce que ces symptômes peuvent se déclencher des mois, voire des années après les morsures des tiques. En fait, elle est délicate parce qu'en raison d'une controverse scientifique sur son ampleur et ses modalités, elle donne lieu à toutes sortes de fantasmes, de suspicions voire d'accusations qui compliquent le débat porté sur la place publique.

On l'a vu très clairement à la Chambre, l'automne dernier, lorsque divers spécialistes et représentants d'associations de malades se sont succédés devant des parlementaires embarrassés par les propos tenus dans l'hémicycle. Il faut dire que certains termes utilisés lors des échanges avaient de quoi surprendre: "négationnisme", "théorie du complot", "dogme scientifique"…

Ainsi, on a par exemple appris que les populations de tiques sont stables en Belgique. Puis qu'elles avaient en réalité triplé en dix ans, selon l'Institut de Médecine tropicale. Cherchez l'erreur… On y a aussi entendu le représentant d'un Service public fédéral de la santé prétendre tour à tour que le nombre de cas de la maladie est inconnu en Belgique, ensuite qu'il n'augmente pas significativement. Cherchez l'autre erreur…

Le même service, il y a quelques jours cette fois, a communiqué un chiffre variant entre 1.000 et 2.000 cas annuels, sans que le système de comptabilisation (reconnu partiellement défaillant) ait pu connaître une amélioration significative depuis l'automne. Mais un autre expert évoque, lui, 15.000 cas annuels ! Avec un collègue, il se base sur le fait que la maladie pourrait être transmise par d'autres canaux que les tiques (les puces, par exemple), qu'il existe en réalité plus de sept variantes de la bactérie incriminée (la Borrelia) et, enfin, que d'autres bactéries que cette dernière – voire des virus – pourraient expliquer le déclenchement de la maladie chez certains patients.

De là, le fait que les analyses sanguines pratiquées en Belgique pour diagnostiquer la maladie pourraient ne pas être pleinement efficaces : une hypothèse qui fait rugir une majorité d'experts, pour qui les tests pratiqués dans notre pays présentent toutes les garanties nécessaires.

Tests sous la critique

Cette question – la fiabilité des analyses pour détecter la maladie – est un gros débat. Des patients estiment en effet être atteints par une forme chronique de la maladie de Lyme dont les antibiotiques ne viendraient pas à bout. Certains de ces patients (heureusement minoritaires) vivent le martyre en raison de troubles et de douleurs très pénibles. Mais, ne se sentant pas reconnus en Belgique (parce que le type d’analyses pratiquées dans notre pays a pour conséquence de les déclarer "non malades"), ils s'adressent à des laboratoires étrangers, censés utiliser une méthode plus fiable pour détecter la maladie. Las !

Ce test dit "LTT" n'est validé par les instances scientifiques ni en Europe, ni aux États-Unis, avertissent une majorité d'experts. Et voilà que deux "camps" se chamaillent à coups d'arguments divers. Force est de constater que les représentants des diverses disciplines ont parfois du mal à dialoguer. C'est finalement assez curieux car, au fil de leurs débats devant les députés, tous ont bien du reconnaître que la maladie de Lyme reste très peu connue. Et qu'on ne sait pas la soigner avec efficacité dans la totalité des cas : voilà qui est sans doute difficile à admettre devant la fraction (réduite, répétons-le) des patients confrontés à une forme très invalidante de la maladie.

Pas de panique

Qu'en penser, en fin de compte, comme patient ? On peut en tout cas rappeler que, dans de telles matières, où l'environnement et la santé sont étroitement connectés, les soupçons d'un jour ont plutôt tendance à se confirmer au fil du temps (amiante, particules fines…). Une posture de curiosité prudente reste donc de mise face aux résultats d'études qui restent encore à valider définitivement (et c'est lent !).

À l'inverse, paniquer face à "Lyme" et à ses effets est stérile. Toutes les tiques ne sont pas porteuses, loin de là, des bactéries pathogènes. Et, si celles-ci sont présentes, l'immunité naturelle constitue souvent une bon ne riposte. Finalement, la prévention reste l'arme la plus prioritaire et la plus efficace (lire les conseils ci-dessus).