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Reprendre le travail après une dépression

Maladie entourée de tabous, la dépression nécessite, dans la plupart des situations, une période plus ou moins longue d’éloignement du milieu du travail pour permettre à la personne de remonter la pente. Une récente étude menée auprès d’une vingtaine de travailleurs ayant traversé un épisode dépressif permet de comprendre ce qui favorise le processus de guérison et facilite la reprise du travail.


En général, continuer à travailler pendant un épisode dépressif – surtout s’il est profond – n’est pas réaliste. En cause ? L’épuisement total, l’incapacité à se concentrer, une sensibilité à fleur de peau aussi. Un haut degré de conscience professionnelle et un sens aigu des responsabilités, tout comme le fait d’exercer un métier d’aide aux autres renforcent encore ce constat. Prendre le chemin du boulot est encore moins envisageable lors que les problèmes professionnels sont précisément en cause. Dans les faits, la majorité des personnes interrogées (lire ci-dessous) sont restées en incapacité de travail durant plusieurs mois (de 4 à 10 mois pour être précis). "Il est important de disposer de ce temps, sans subir de pression pour retourner au travail, si l'on ne s’y sent pas encore prêt. Sinon, c’est la rechute assurée. Une fois rétablies, les personnes retrouvent en général l’envie de se retrouver en société et de reprendre le travail", assurent les chercheurs.

Maintenir les contacts avec son milieu professionnel pendant la période d’incapacité semble d’ailleurs primordial. Une bonne relation avec les collègues encourage la personne et facilite son retour au boulot, comme en témoigne une des personnes interrogées, enseignante. "La compréhension que m’ont témoignée mes collègues, cela valait de l’or. Certains m’ont rendu visite, d’autres ont donné un coup de fil. J’ai aussi reçu des petits mots des élèves et des collègues et j'ai trouvé ça important."

La compréhension et l’empathie du médecin-conseil de la mutualité sont également essentielles. En attestent les interviews. "Le médecin-conseil doit se poser davantage en accompagnateur, désireux d’apporter de l’aide, qu’en contrôleur", estiment les chercheurs. Et de plaider pour que, parallèlement à un trajet pour sortir de la dépression, soit élaboré un trajet de reprise du travail qui sécurise le patient durant cette période de fragilité. Ce cheminement nécessite un climat de confiance et une bonne communication entre le généraliste, le médecin-conseil et le patient.

Adapter le travail

Pour que la reprise du travail se déroule le plus harmonieusement possible, une concertation préalable avec le chef de service - voire avec le responsable des ressources humaines et/ou le médecin du travail - est importante, mais trop rarement organisée, constatent les auteurs de l’étude. Même lorsque le travailleur ne le demande pas explicitement, il est conseillé au chef de service de prévoir à tout le moins un entretien avec lui, le jour de son retour, pour faire le point sur son état de santé et examiner comment organiser au mieux la transition.

Si la dépression trouve son origine - au moins en partie - dans la vie professionnelle, il importe d’explorer les voies permettant d’adapter le travail, font remarquer les chercheurs. Une nouvelle fonction, un changement de poste ou de service, une modification d’horaires, une diminution ne serait-ce que temporaire - du temps de travail… peuvent résoudre les problèmes. Un des témoins raconte qu’à la suite de sa demande d’alléger sa charge de travail, son chef de service lui a proposé de parcourir une description de fonction susceptible de mieux lui convenir. "Cela m’a rassuré, confie-t-il. Je craignais de devoir recommencer comme avant, je me demandais si j’allais encore pouvoir assumer. Je dois dire que tout s’est très bien passé".

Remettre progressivement le pied à l’étrier est aussi une opportunité intéressante. "Mon employeur m'a permis de reprendre le travail à temps partiel et je lui en suis très reconnaissant, s’enthousiasme un témoin. Cela s’est fait en accord avec mon généraliste, le médecin-conseil de ma mutualité et le médecin du travail". "Le fait de ne pas devoir tourner directement à plein régime est considéré par les intéressés comme un grand avantage, commentent les chercheurs. Les employeurs doivent accepter qu'un travailleur soit temporairement moins productif après une incapacité due à une dépression", soulignent-ils.

Ces solutions, sans doute idéales, ne sont pas partagées par tout le monde, loin s’en faut. Ainsi, par exemple, les interviews ont mis en lumière la réalité de certaines professions confrontées à une charge de travail élevée en raison d’une pénurie de personnel. Avec un risque accru d’incapacité de travail pour cause de dépression ou de burnout. Une réalité que connaissent aussi bon nombre d’indépendants ou de petits patrons, même si elle apparait peu dans cette étude. D’autre part, pour certains travailleurs, la réintégration au sein de l’entreprise ne paraît plus envisageable. Une réorientation professionnelle ou la recherche d’un nouvel emploi doivent alors être envisagées, dans la mesure du possible.

Pour en savoir plus ...

Dépression et (in)capacité de travail analyse d’une étude qualitative • S. Vancorenland, H. Avalosse et R. Verniest • Département R&D de la MC • MC-Informations n°257 de septembre 2014

>> À lire sur http://www.mc.be/actualite/mc-informations : télécharger pdf.

Reconnaître les signes de la dépression

La plupart des personnes qui traversent un épisode dépressif ont du mal à en repérer les signes précurseurs et à admettre qu’elles ne vont pas bien. Leurs problèmes de santé s’aggravent, elles dépassent leurs limites. Puis un jour, elles se rendent compte qu’elles ne peuvent plus continuer comme cela et se décident enfin à consulter…

C’est un fait : la dépression est mal connue. Et les idées reçues et préjugés à son propos restent vivaces. Plusieurs personnes, interviewées dans le cadre d’une étude qualitative(1) visant à comprendre la relation entre la dépression et l’(in)capacité de travail, en témoignent : "Pour moi, une dépression signifiait rester chez soi et pleurer toute la journée", dit l’un. "Je m’étais dit que jamais cela ne pourrait m’arriver. Je ne m’y attendais pas", témoigne un autre. "Perdre la face, moi qui étais la gaité incarnée, chez qui tout allait toujours bien, qui aidais tout le monde… Puis, admettre que ça ne va plus, c’est terrible…", ajoute un troisième.

"Une fatigue permanente ou des maladies à répétition sont les signaux physiques visibles de la dépression. Mais le problème est plus complexe et certaines personnes doivent se l’entendre dire par le médecin pour en prendre conscience", commentent les chercheurs de la Mutualité chrétienne qui ont analysé les interviews recueillies. Le fait de ne rien supporter et de rabrouer tout le temps les autres sont aussi des signaux d’alerte. Les témoins de l’étude évoquent aussi l'isolement social, le fait de n'avoir envie de rien, les angoisses, l’instabilité, les difficultés de concentration…

Quant aux causes de la dépression, elles sont multiples. Les vingt personnes interviewées évoquent, au niveau personnel, des difficultés relationnelles (divorce, relation conflictuelle avec un parent ou un enfant), des problèmes physiques (séquelles d’un accident, difficultés d’accepter une maladie chronique ou un handicap). Des difficultés et insatisfactions liées au travail sont également citées, tels des conflits avec des supérieurs, une charge de travail trop élevée, le manque de reconnaissance, des contacts difficiles avec le public ou la clientèle. Pour la majorité des témoins, la dépression résulte d’une combinaison de problèmes personnels et professionnels. "Lorsque ceux-ci se situent essentiellement dans le cadre privé et que tout se passe bien au boulot, travailler permet à la personne de se changer les idées", remarquent les chercheurs.

Sortir de la dépression

Toutes les personnes interviewées insistent sur le rôle central qu’a joué leur médecin traitant dans le processus de guérison, grâce aux liens de confiance établis entre eux et à des contacts réguliers. Ensemble, patient et médecin peuvent prendre les bonnes décisions concernant le traitement médicamenteux, l’orientation vers un psychologue ou un psychiatre, la prescription d’un congé de maladie, la reprise du travail…

"L’utilisation d’antidépresseurs a aidé bon nombre de personnes interrogées à sortir de leur dépression, même si certaines ne sont pas sûres que la guérison soit attribuable aux médicaments", observent les chercheurs. En effet, les personnes ont généralement mis en place d’autres choses en parallèle : le suivi d’une thérapie, la pratique d’un sport ou d’un hobby, des activités de détente… Mieux se connaître, prendre du temps pour soi et prendre soin de soi, c’est effectivement capital pour remonter la pente, soulignent les auteurs de l’étude. Les contacts sociaux se révèlent également très importants pour sortir de la dépression.

Au creux de la vague, la personne a tendance à s’isoler, à éviter autrui, à refuser les activités. Elle n’a pas envie ou a trop peu d’énergie pour faire quoi que ce soit. La plupart des personnes interviewées ont admis leur chance d'être entourées de proches à la fois compréhensifs et dynamisants… Une dame parle ainsi avec tendresse de sa sœur : "Quand je ne décrochais pas le téléphone pendant plusieurs jours, elle arrivait sans crier gare. Elle me disait : Allez hop, sors de ce lit, nous allons faire une promenade, que tu voies la lumière du jour. Elle est la personne la plus importante pour moi".

S’entourer, se faire aider semblent gage de mieux-être. "Les gens qui veulent tout résoudre eux-mêmes éprouvent davantage de difficultés que ceux qui osent demander de l’aide, constatent les auteurs de l’étude, pour qui la manière d’analyser ce que l’on vit est également déterminante. Lorsque la dépression est imputée intégralement à un événement externe, la personne ne sortira, en général, que partiellement ou difficilement de la dépression".