Soins de santé

Genoux : pourquoi ça coince ?     

Indispensable à la bonne stabilité du corps, le genou est une articulation particulièrement sensible. Plusieurs facteurs peuvent fragiliser cet "amortisseur" du corps humain et parfois conduire à la pose d'une prothèse, intervention de plus en plus courante.

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(c)AdobeStock
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Julien Marteleur

Julien Marteleur

Elles sont plus ou moins gênantes, on sait plus ou moins pourquoi elles sont là… Les douleurs au genou touchent un nombre de plus en plus important de personnes. "Avec les lombalgies, les douleurs au genou sont un peu le 'mal du siècle'", confirme le professeur Emmanuel Thienpont, responsable de l'Unité de chirurgie du genou aux Cliniques universitaires Saint-Luc. Les causes de cette augmentation sont diverses : “Les personnes sont plus souvent en surpoids qu'avant, vivent plus longtemps et la pratique du sport s'est répandue par rapport aux générations précédentes. Les personnes développent plus facilement des lésions, notamment au ménisque ou aux ligaments. Si ces traumas ne sont pas pris en charge, qu'on essaie de 'vivre avec', l'arthrose s'installe et le cartilage peut être totalement détruit. Et là, il n'y a plus d'autre choix que la pose d'une prothèse."

Une mécanique complexe

Le genou est composé de trois articulations, recouvertes de cartilage : l’extrémité inférieure du fémur, l’extrémité supérieure du tibia et la rotule (aussi appelée patella). Ces trois os permettent les mouvements de flexion, d’extension, mais également des mouvements plus subtils, comme les rotations. La forme du fémur est comparable à deux roues accolées, le tibia est quant à lui relativement plat. Il faut donc deux amortisseurs pour améliorer le contact : les ménisques. Leur rôle est stratégique dans le bon fonctionnement du genou. Ils permettent aux os de bien s’emboîter et de bien glisser entre eux, évitant ainsi une usure prématurée des cartilages.
Ces articulations sont soutenues par un système ligamentaire complexe, qui en assure la stabilité passive quand le genou est tendu (grâce aux ligaments collatéraux) et fléchi (ligaments croisés). La stabilité active, elle, est assurée par les muscles qui l'entourent : quadriceps, ischio-jambiers, adducteurs, triceps sural (mollet), pour ne citer que les plus gros.

Dans la majeure partie des cas, si le genou n'est pas complètement atteint par l'arthrose, la personne devra 'faire avec' sa douleur.

Les genoux doivent supporter le poids de notre corps, permettre la locomotion, s’adapter aux contraintes du terrain et la charge portée. Ils doivent être forts, mobiles et surtout très stables malgré cette mobilité. "Pour cette raison, le genou est une articulation constamment 'stressée', explique le docteur Hamlet Mirzoyan, responsable de la Clinique du genou et des affections sportives à l'Hôpital Erasme. Avec le temps, ce stress affecte le cartilage, qui s'use progressivement. C'est cette usure qui provoque le plus souvent les douleurs dont se plaignent tant de personnes." On parle alors de chondropathie. "Le cartilage est en souffrance mais intrinsèquement, il est encore présent, précise le Pr Thienpont. Le grand malentendu, c'est que la chondropathie est souvent confondue avec la gonarthrose, l'arthrose du genou. Or, cette gonarthrose est la phase terminale de cette usure du cartilage. On assiste alors à une situation de 'bone to bone' (os contre os) qui va nécessiter la pose d'une prothèse, partielle ou totale. Avant cela, inutile de remplacer le genou ! Si l'on opère quelqu'un atteint 'seulement' de chondropathie, il y a 30% de chances que la prothèse provoque des douleurs chroniques. Et là, il est trop tard pour revenir en arrière…"     

 

Vivre avec

Les douleurs aux genoux ont également une cause biomécanique ou génétique. "Certains patients ont les jambes arquées, les pieds creux, les rotules plates… Ces caractéristiques fragilisent leurs genoux, avance le Pr Thienpont. On considère par exemple qu’une rotule trop plate doit supporter sept fois plus de contraintes qu'une rotule 'normale'. Concrètement, si vous montez une marche d'escalier, votre rotule plate en monte sept… Et le poids qu'elle supporte est également multiplié par sept !"
Pour le Dr Mirzoyan, "des études sérieuses démontrent qu'un gène est responsable de la bonne santé de nos articulations. Durant mes consultations, je demande à mes patients s'il existe un ou des antécédents familiaux en ce qui concerne des douleurs chroniques aux genoux. Car dans ces cas-là, le simple fait, par exemple, de rester assis à son bureau occasionne déjà des gênes ou des douleurs."
Dans la majeure partie des cas, si le genou n'est pas complètement atteint par l'arthrose, la personne devra 'faire avec' sa douleur. "On peut vivre avec une douleur au genou, admet le Pr Thienpont. Il faut envisager l'usure du cartilage comme un phénomène 'normal' : votre visage n'est plus le même à 20 ans qu'à 50.  Pourquoi vos genoux se comporteraient-ils différemment, a fortiori s’ils sont constamment sollicités ? Oui, ces douleurs sont désagréables, mais il est possible de les soulager, par la prise occasionnelle et mesurée d'anti-inflammatoires par exemple, mais aussi en renforçant la musculature des jambes, en perdant du poids…"

 

Le sport amateur, un risque

Dans la plupart des sports, les genoux sont sollicités. Certaines pratiques sont plus douces pour eux (natation, vélo), alors que d'autres les soumettent à une pression importante. Le ski, le tennis, le basket ou encore le football ne sont pas tendres avec les genoux ! "Démarrer explosivement, s'arrêter brutalement et pivoter : ce sont des enchaînements couramment rencontrés dans ces sports et qui sont très stressants pour les articulations, explique le Dr Mirzoyan. Une personne mal échauffée, qui ne fait pas les bons gestes, accroît les risques de blessure. "

Il est rare de voir un patient en-dessous de 50 ans dont l'état nécessite la pose d'une prothèse du genou.

À la Clinique du genou et des affections sportives, le Dr Mirzoyan voit souvent les mêmes lésions : déchirure musculaire, rupture des ligaments croisés ou des tendons, entorse… Mal soignées, ces blessures peuvent avoir des conséquences sur d'autres parties du corps. "Toutes les structures du corps humain sont connectées. Lorsque l'équilibre de la 'machine' est perturbé, on va assister à des phénomènes compensatoires. Pour décharger le genou blessé, le corps va donc compenser en mettant une pression supplémentaire sur les hanches, les chevilles, le dos et bien sûr, l'autre genou", révèle le Dr Mirzoyan.
"Certains patients pensent que la pose d'une prothèse, même partielle, va créer ce fameux phénomène compensatoire vis-à-vis de l'autre genou, constate le Pr. Thienpont, responsable de l'Unité de chirurgie du genou à Saint-Luc Or, c'est tout l'inverse qui se passe : quand un genou est défectueux, 80 à 90% du poids du corps peut se retrouver à charge du genou en bon état. En post-opératoire, après la pose d'une prothèse, les patients nous disent qu'ils ressentent une amélioration au niveau bilatéral, c'est-à-dire des deux genoux."

Il est rare de voir un patient en-dessous de 50 ans dont l'état nécessite la pose d'une prothèse du genou. Selon le Pr Thienpont, le patient "moyen" a autour de 70 ans. Une prothèse peut être totale (tout le genou est remplacé) ou partielle. "On utilise une prothèse partielle quand l'usure est unicompartimentale, c'est-à-dire qu'un seul des trois compartiments du genou est usé. Le patient garde alors ses propres ligaments et deux tiers de son genou d'origine. C'est plus intéressant en termes de récupération", explique-t-il. La chirurgie orthopédique a connu des progrès importants ces dernières décennies. Désormais, une pose de prothèse peut se faire en hôpital de jour. "Il y a 50 ans, seules trois tailles de prothèse existaient sur le marché. Aujourd'hui, on en compte 22 ! Cela permet de mieux répondre aux besoins du patient, selon ses caractéristiques physiques propres. Et puis, le matériau utilisé est inoxydable. En général, une prothèse a une durée de vie entre 20 et 25 ans. Mais il faut savoir qu'il s'agit d'une procédure complexe, sur une articulation qui l'est tout autant. Le patient opéré retrouve une qualité de vie, mais n'oublie jamais totalement son genou. Ce genou 'oublié', c'est un peu la Quête du Graal de notre profession…"

Comment préserver ses genoux ?

Pour garder des genoux en bonne santé, il faut bouger ! Un renforcement musculaire et des étirements adaptés sont recommandés.

"L'atrophie musculaire (diminution du volume du muscle, NDLR) favorise l'apparition de problèmes aux genoux,
indique Paul Briffoteau, kinésithérapeute. Pour éviter des douleurs et une pression trop forte sur les genoux, il faut un équilibre à 60% sur l'arrière de la jambe et à 40% sur l'avant." Les muscles des chaînes postérieures , c'est-à-dire les fessiers, les ischio- jambiers, les mollets et les lombaires doivent donc être renforcés en priorité en faisant, entre autres :

- Des flexions de jambe, aussi appelées "squats"

- L'exercice de la chaise. Dos au mur, fléchissez les genoux pour que les cuisses soient parallèles au sol et tenez le plus longtemps possible

- Des exercices d'équilibre pour renforcer les capteurs proprioceptifs (qui permettent de stabiliser le corps et limitent les risques de blessures). Exemple : debout, fléchissez une jambe et gardez l'équilibre pendant 30 secondes à 1 minute

Faites du sport : si vous avez des genoux fragiles, les sports à privilégier sont la natation (sauf la brasse) la marche et le vélo (sur terrain plat de préférence) et toutes les activités douces comme l'aquagym, le yoga, le Pilates... Si vous pratiquez un sport d'impact (jogging, tennis...), accordez également une attention particulière à la qualité de vos chaussures et de leurs semelles, qui jouent un rôle important dans l'amortissement des chocs !

Étirez-vous : régulièrement, étirez les muscles des jambes. Plus souples, ils seront moins contraignants pour l'articulation et limiteront l'usure du cartilage.

Corrigez votre posture : des genoux qui tournent vers l'intérieur ou l'extérieur, une voûte plantaire qui s'affaisse, peuvent, à la longue, user les cartilages. Si besoin, prenez rendez-vous qui pourra confectionner des semelles correctrices.

Gardez un poids de forme : 1 kilo en trop représente une force de 3 à 4 kilos supplémentaires sur chaque genou lorsqu'on marche.