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Les soins dentaires trop onéreux

© Michel Houet/BELPRESS © Michel Houet/BELPRESS

En orthodontie, la facture s’élève en moyenne à 1.500 euros pour l’adulte qui y recourt. Et pour une nouvelle dent avec implant, ce sont 1.350 euros qu’il faut débourser. Le tout, sans aucune intervention de l’assurance soins de santé obligatoire. La récente enquête de la Mutualité chrétienne confirme la nécessité de renforcer le remboursement des soins dentaires courants et la transparence des coûts.


Personne n’envisage une visite chez le dentiste de gaieté de cœur. Et le montant de la facture d’une telle visite y est certainement pour quelque chose. Selon une enquête de la Mutualité chrétienne (MC), quatre Belges sur dix estiment que les soins dentaires sont difficiles à payer. Et parmi les 11% de personnes qui postposent des soins pour raison financière, plus d’un quart (26%) ciblent en particulier les soins dentaires, ce qui constitue la plus grosse proportion.

Onéreux

Ces constats ont mené la MC à interroger plus particulièrement ses membres récemment passés par le fauteuil du dentiste, sur le montant de leur facture. 160.000 réponses ont été obtenues. Elles n’ont révélé aucune bonne surprise. Un traitement orthodontique pour adulte coûte environ 1.500 euros. Pour un implant dentaire et une couronne (qui remplace une dent naturelle), il en coûtera au total 1.350 euros. Ces interventions n’étant pas prises en charge par l’assurance soins de santé obligatoire, le patient doit entièrement les assumer lui-même.

Bien d’autres soins courants ne sont pas suffisamment remboursés. Pour une consultation en parodontologie (pour le traitement des gingivites, par exemple), il en coûtera environ 141 euros dont seulement 20 sont remboursés. Une prothèse amovible confortable et de bonne qualité pour six dents revient à 800 euros, dont uniquement 259 euros sont pris en charge par l’assurance obligatoire.

Quelques nouvelles dents ou un passage chez l’orthodontiste peuvent rapidement coûter l’entièreté du budget vacances d’une famille. Pourtant, tout le monde a droit à une dentition saine et à un sourire radieux”, déclare Jean Hermesse, Secrétaire général de la MC.

Transparence

L’enquête fait également apparaître de grandes disparités dans les facturations des dentistes. Certains implants coûtent moins de 450 euros. Mais pour un quart d’entre eux, les patients ont payé 1.200 euros ou plus. Constat similaire pour les couronnes : le quart d’entre elles revenaient à 269 euros par pièce, mais pour le quart le plus cher, on en arrive à 750 euros.

La situation particulière de chaque patient joue naturellement un rôle dans cette disparité des prix. Mais la justification des montants facturés par les dentistes n’est pas claire. Dès lors, le patient s’interroge légitimement : a-t-il payé un montant correct? A-t-il obtenu le rapport qualité/prix optimal par rapport au montant qu’il a acquitté?”, s’interroge Jean Hermesse.

Cinq axes d’actions

La Mutualité chrétienne propose cinq points d’action pour rendre les soins dentaires plus abordables.

Premièrement, différents soins dentaires devraient être (mieux) remboursés par l’assurance obligatoire. Dans une première phase, la MC plaide pour un remboursement dans le cadre de l’assurance soins de santé obligatoire, à concurrence de 25% du prix recommandé, des bridges, des couronnes, des implants et des prothèses amovibles avec un plafond de 300 euros. Un meilleur remboursement des prestations en orthodontie et en parodontologie devrait également intervenir.

Dans l’attente de ces mesures, la MC a pris les devants en lançant deux couvertures des soins dentaires : Dento solidaire et Dento + . La première est automatique et comprise dans la cotisation des affiliés à la MC. Elle met en pratique le principe de solidarité qui relie les affiliés, de la même façon que l’Hospi solidaire. La seconde est facultative et propose des remboursements de soins dentaires plus importants.

Deuxième point d’action : pour certaines interventions onéreuses (orthodontie, pose de prothèses…), on devrait généraliser la pratique du devis. Le dentiste remettrait un devis à son patient de façon à ce que ce dernier sache le plus précisément possible à quoi s’en tenir.

Troisième point : la facture. Elle devrait préciser les prestations accomplies, leur prix (avec une distinction claire entre ticket modérateur, remboursement et suppléments) et le prix du matériel utilisé. Les mutualités devraient également recevoir cette facture pour avoir une vue globale sur le coût des soins dentaires.

Quatrième point d’action : le conventionnement des dentistes. Actuellement, 68% des dentistes appliquent les tarifs officiels de la convention dento-mutualiste et sont donc totalement ou partiellement conventionnés. La MC souhaite encourager davantage de dentistes à adhérer à cette convention.

La prévention constitue un cinquième axe d’action à privilégier. Selon les chiffres de la MC, la moitié des Belges seulement se rend au moins une fois par an chez le dentiste (chiffres mesurés entre 2009 et 2012). On sait pourtant que prévenir vaut mieux que guérir…