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Prothèses dentaires : des factures qui font mal

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Implant, couronne, bridge, inlay/onlay, attachement... La Mutualité chrétienne a voulu savoir combien coûtent aux patients les prothèses dentaires fixes. Elle a passé à la loupe plus de 3.800 factures pour lesquelles elle est intervenue financièrement en 2018 dans le cadre de son assurance facultative Dento+. Résultats ? Des prix moyens qui s'affichent à deux, voire trois zéros pour une seule dent et de grands écarts de prix pour un même type de prothèse. Principale conclusion ? La transparence et la régulation s'imposent.


En 2018, près de 145.000 membres des Mutualités chrétiennes francophones et germanophone étaient as­surés à Dento+, l'assurance dentaire facultative qu'elles proposent depuis 2014. L'an dernier, plus de 72.016 remboursements ont été effectués par MC Assure, la société mutualiste qui gère Dento+. 3.843 factures portaient sur des prothèses dentaires fixes. Il s'agit de soins et de matériels pour lesquels il n'existe aucun remboursement de l'assurance soins de santé obligatoire. Les dentistes fixent librement leurs honoraires et facturent les prothèses au prix qu'ils le souhaitent... qu'ils soient conventionnés ou non. Des factures de soins comparables, reçues des assurés en 2016 et 2017, ont permis d'analyser l'évolution du coût à charge du patient pour les différents types de prothèses. Regardons cela de plus près.

Un implant dentaire : 853 euros

En 2018, 1.647 assurés se sont vu poser un implant dentaire. Il s'agit d'une sorte de vis – en titane ou en céramique – que le dentiste fixe dans l'os de la mâchoire pour remplacer la racine naturelle de la dent manquante. L'implant sert de support soit à une couronne (prothèse fixe) – ou plusieurs implants pour faire un bridge – soit à une prothèse amovible (dentier). Dans ce dernier cas, plusieurs implants sont placés et le dentier est clipsé sur des attachements. 

Le dentiste facture en moyenne 853 euros la pose d'un implant. À 15 euros près, ce montant n'a quasi pas augmenté depuis 2016. La moitié des assurés ont payé entre 800 et 900 euros. Mais dans 10% des cas, la facture a grimpé jusqu'à 1.000 euros.

L'écart de prix peut s'expliquer – en partie – par le type de matériaux utilisés : la céramique est plus chère que le titane.

Une couronne sur une dent naturelle : 663 euros

1.538 personnes ont bénéficié d'une couronne sur une dent naturelle abimée ou accidentée. La couronne est réalisée soit en céramique seu­le, soit avec une combinaison de céramique et de métal non précieux, semi-précieux ou précieux.

En moyenne, les assurés ont déboursé 663 euros pour une couronne. Ce mon­tant a augmenté de 2 % par rapport à 2016. Dans la moitié des cas, la couronne a été facturée entre 580 et 720 euros. Mais 10% des patients ont dû s'acquitter d'une somme avoisinant 860 euros. Soit un montant 30% plus élevé que la moyenne.

Ici aussi le coût des matériels utilisés peut expliquer en partie les différences de prix. Le métal précieux coûte plus cher mais il est de moins en moins utilisé. La tendance est à l'utilisation de deux matériaux blancs et trans­luci­des : l'oxyde de zirconium et le disilicate de lithium.

Une couronne sur un implant : 1.856 euros

222 assurés ont bénéficié d'une dent de substitution fixée ou scellée sur un implant, en lieu et place d'une dent naturelle. Cette combinaison a coûté en moyenne 1.856 euros aux assurés. Un montant  relativement stable d'une année à l'autre. Dans la moitié des cas, la facture du dentiste était comprise entre 1.625 et 1.925 euros. Mais pour 10% des patients, elle a grimpé jus­qu'à 2.120 euros (un montant 20 % supérieur à la moy­enne).

Le combiné couronne sur implant coûte plus cher qu’un implant ou qu'une couronne sur dent naturelle. En effet, il contient un pilier intermédiaire entre l’implant et la couronne (abutment).

Un bridge : 1.989 euros

Un bridge est un ensemble de plusieurs couronnes – généralement trois – attachées les unes aux autres en remplacement de plusieurs dents naturelles. Le bridge de 3 dents a coûté en moyenne 1.989 euros en 2018.

Un inlay/onlay : 526 euros

341 assurés à Dento+ se sont fait remplacer une partie d'une dent naturelle par un inlay/onlay, réalisé en résine ou en céramique. Cette technique est parfois proposée par le dentiste en lieu et place d'un composite comblant une dent cariée. Elle exige beaucoup de main-d’œuvre de la part du prothésiste dentaire.

En moyenne, un inlay/onlay a coû­té 526 euros en 2018 aux assurés à Dento+. Le prix a augmenté de 16,50 % en deux ans, ce qui tranche avec la relative stabilité des factures moyennes pour les prothèses que nous venons de décrire. La moitié des assurés ont déboursé entre 400 et 650 euros pour cette technique. Mais les 10% des factures les plus élevées montent au-delà de 700 euros (un tiers de plus que le montant moyen).

Un attachement : 538 euros

33 factures relatives à un attachement ont été présentées à Dento+ par des assurés. L'attachement est un dispositif mécanique qui permet d’accrocher une prothèse dentaire amovible à des dents naturelles ou à des implants.

En moyenne, un attachement a été facturé 538 euros. Étonnamment, ce prix a augmenté de 38% en un an après avoir diminué de 7%. On remarque aussi une grande variation de prix : dans 50% des cas, l’attachement est facturé entre 365 et 650 euros. 10 % des patients ont payé jusqu'à 750 euros, ce qui est 40 % plus élevé que la moyenne !

Couronne sur implant : de 1.000 à 3.200 euros !

Se faire placer une couronne sur un implant coûte-t-il plus cher dans une région qu'une autre ? L'analyse des factures selon la mutualité régionale à laquelle appartient l'assuré à Dento+ plus ne semble pas le montrer. On constate néanmoins que 10% des factures les plus élevées se trouvent chez les assurés des mutualités du Brabant Wallon, de la Province du Luxembourg et de Saint-Michel à Bruxelles. Inversément, les mutualités régionales dans lesquelles on trouve 10% des factures les moins élevées sont celles de Hainaut Picardie, de la Province de Namur et de Bruxelles. En somme, c'est à Bruxelles que se concentrent les plus grands écarts de prix pour une couronne sur un implant : du simple au triple.

 

Dento solidaire et Dento+ réduisent la facture

Grâce à Dento solidaire, la couverture comprise dans l'assurance complémentaire, tous les membres de la MC perçoivent un rembour­sement de 175 euros lors du placement d'une prothèse dentaire (une fois par période de sept ans).

Ceux qui ont souscrit à Dento +, l'assurance dentaire facultative de la MC, bénéficient d'une intervention supplémentaire après avoir obtenu l’accord préalable du dentiste-conseil sur le plan de traitement. Cela correspond à 75% du montant à charge. Si le patient est assuré à Dento+ depuis trois ans au moins, le remboursement maximum s'élève à 1.000 euros (2.000 euros en cas d'accident et ce, dès la 1ère année de souscription).

Si nous reprenons les factures moy­ennes et retirons les interventions de Dento solidaire et de Dento+ (après trois ans de souscription), nous constatons que le coût restant à charge du patient ne dépasse pas 200 euros sauf pour le combiné (couronne sur implant) et le bridge qui restent plus onéreux pour le patient : respectivement 680 et 814 euros.

>> Plus d'infos auprès des conseillers mutualistes, au 0800 10 9 8 7 ou sur www.mc.be/dento 

Des montants justifiés ?

Le 1er baromètre des soins dentaires réalisé par la MC montre à quel point les (écarts de) prix peuvent être élevés pour une même sorte de prothèse… sans qu’on ne sache toujours ce qui les justifie exactement.

Actuellement, le coût réel des implants, bridges, couron­nes… et, plus généralement, du matériel dentaire utilisé par les dentistes n'est pas transparent. On sait que certaines matières premières sont plus chères que d'autres. On sait aussi que les implants les plus souvent utilisés sont des pièces standards manufacturées en Europe dont la fabrication n'exige pas d'intervention humaine et dont le coût de production est peu élevé.

Il n'y a pas de transparence non plus sur le coût de la main d'œuvre du prothésiste dentaire qui fabrique sur mesure les couronnes, les onlay/inlay… Des sources bien informées du secteur précisent que, pour élaborer la facturation du patient, la pratique habituelle des dentistes est de multiplier par trois le prix auquel ils ont acheté la prothèse. Ce qui, confient-elles, n'empêche pas certains prestataires de facturer bien davantage encore…

Pour la MC, à l'instar de ce qui se pratique en Allemagne, la facture du dentiste devrait préciser les prestations qu'il a lui-même accomplies et leurs prix, mais aussi le prix du matériel facturé par les fournisseurs et laboratoires. En Allemagne, une copie de la facture du fournisseur est annexée à celle du patient. De facto, cette pratique a permis de diminuer les coûts à charge du patient.

Pour un reste à charge zéro

La MC estime que pour réguler le coût des prothèses fixes et les rendre accessibles à tous, il est nécessaire que l’assurance soins de santé obligatoire les prenne en charge financièrement, ce qui n'est pas le cas actuellement. À condition toutefois que les prix du matériel mé­dical soient plafonnés et que des honoraires maximums soient fixés. Sans cela, on assistera à une spirale inflationniste des factures. Nous pouvons pren­dre pour modèle le "reste à charge zéro", une mesure très importante prise récemment par le gouvernement français dans les trois champs qui pèsent le plus lourdement dans le budget des ménages en matière de santé : les lunettes, les appareils auditifs et les soins dentaires.Concrètement, depuis le 1er avril, le prix de certaines prothèses dentaires est plafonné (le dentiste ne peut facturer plus), ce qui permet de réduire la quote-part des patients qui les choisissent. Et à partir de 2020, le dentiste sera tenu de mentionner sur le devis, parmi d’autres options, une offre permettant de bénéficier d’une prise en charge à 100% (après remboursement par l’assurance maladie et la complémentaire mutuelle). Cette offre garantira aux Français la gratuité des prothèses avec couronnes pour toutes les dents visibles.