Maladies chroniques

Malades chroniques : une sous-utilisation des soins

Les patients atteints de maladies chroniques ne recourent pas toujours aux dispositifs qui leur permettraient de mieux prendre en charge leurs problèmes de santé ou de prévenir ceux-ci. Et le risque de reporter des soins pour raisons financières n'est pas négligeable. Les constats dressés par le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) doivent guider les pouvoirs publics dans les actions à mettre en place pour améliorer l’accès et le recours aux soins de santé.

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(c)Adobestock
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Le KCE réalise régulièrement un "tableau de bord" général de la performance du système de soins de santé. Réalisé avec Sciensano, l’Inami, le SPF Santé publique et les autorités régionales, cet exercice permet de mettre en lumière certaines faiblesses et d'orienter les politiques de santé. Le KCE vient de rendre publics les résultats d'une étude ciblée sur les soins aux personnes vivant avec une maladie chronique, à travers l’analyse de 27 indicateurs.
Premier constat : les "malades chroniques" sont difficilement identifiables dans les bases de données. Plusieurs définitions coexistent, selon ce que l'on vise : le suivi de l'évolution de ces maladies, une protection financière via l'attribution du statut "affection chronique", etc. Pour élaborer le tableau de bord, plusieurs sortes de données ont dû être croisées.
Bonne nouvelle : la relation médecin-patient chronique reste au beau fixe. "Temps consacré, explications reçues, implication dans les décisions relatives aux soins : tous les indicateurs sont au vert", se réjouit le KCE. En revanche, le suivi de la médication par le "pharmacien de référence" est un avantage trop peu utilisé, tout comme le dossier médical global (DMG), regrette le KCE. Dans le même ordre d'idées, les modèles de soins établis pour les patients diabétiques restent peu adoptés par les diabétiques traités par des médicaments hypoglycémiants.
Du côté des hospitalisations "évitables", le KCE se réjouit de les voir diminuer pour l'asthme et le diabète. À l'inverse, elles augmentent pour les personnes atteintes de bronchopathie chronique, s'inquiète-t-il.
Le bât blesse aussi toujours dans l'accessibilité financière des soins chroniques, bien que les pouvoirs publics s'efforcent d'y remédier. Les ménages comprenant un patient chronique courent plus le risque d'être confrontés à des dépenses de santé "catastrophiques" et le report des soins pour raisons financières y est plus fréquent. Il ressort aussi qu'un grand nombre de malades chroniques ne connaissent pas l'existence des droits et mesures de protection auxquels ils pourraient avoir accès. Le KCE demande aux acteurs des soins et du social d’informer ces personnes de manière plus proactive.

Enfin, la prévention reste le parent pauvre de la politique de santé. Ainsi, le dépistage du cancer du sein est toujours trop faible par rapport à la moy enne européenne. Quant aux soins dentaires, ils sont généralement plus fréquents chez les personnes ayant le "statut affection chronique" mais ils diminuent proportionnellement avec l'âge, "ce qui peut s'expliquer par la réduction de la part remboursée à partir de 18 ans", analyse le KCE qui plaide pour renforcer les soins dentaires chez les personnes âgées.