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Un deuxième pilier pas si solide

Les pensions complémentaires d'entreprise : ne pas se réjouir trop vite... (C)Belpress Les pensions complémentaires d'entreprise : ne pas se réjouir trop vite... (C)Belpress

Le “deuxième pilier” de pension est avant tout, pour l'employeur, un outil salarial qui procure des avantages sociaux et fiscaux. Pour le travailleur qui en bénéficie, cet avantage extra-légal peut s'avérer intéressant. Globalement, ce système pose néanmoins plusieurs problèmes de taille.

 

 


Contrairement à la pension légale, la pension d'entreprise ou de secteur exclut bon nombre de salariés (contrats précaires, PME, secteur non marchand...). 20 à 25% n'en bénéficieraient pas du tout au cours de leur carrière. Les allocataires sociaux n’en bénéficient pas non plus dans la mesure où ils ne sont plus sous contrat de travail.

Le système est inégalitaire entre les travailleurs à haut salaire et bas salaire ainsi qu'entre les secteurs.
 
Le deuxième pilier coûte cher à l'État - en raison des exonérations fiscales - et à la sécurité sociale – étant donné le manque à gagner en cotisations sociales sur les salaires. Le soutien public à ce dispositif est estimé à au moins 2,5 milliards d’euros. Enéo, mouvement social des aînés, demande d'ailleurs aux pouvoirs publics de fournir des données officielles à ce propos.
 
Les investissements socialement responsables sont insuffisamment pris en compte dans les produits de pension. "De manière générale, les acteurs financiers ont une attitude peu regardante des impacts sociaux et environnementaux des investissements qu'ils effectuent sur les marchés, regrette Bernard Bayot, directeur du réseau Financité. Certes, l'Europe oblige les entreprises bancaires et d'assurances à la transparence sur leurs politiques d'investissements (sauf pour les assurances vie malheureusement). Mais aucune contrainte ni exigence ne sont imposées quant aux placements. Résultat ? En volume, les actifs financiers des grandes banques européennes sont quatre fois plus nombreux dans les énergies fossiles que dans les énergies renouvelables par exemple”.
En Angleterre, une réflexion a été entamée en profondeur au sein des fonds de pension pour soutenir des entreprises qui créent de l'emploi dans des zones défavorisées du pays, souligne Bernard Bayot. Pour qui les fonds de pensions belges devraient davantage faire d'efforts, d'autant qu'ils sont cogérés ou contrôlés par les organisations syndicales.  

Tout comme l'épargne-pension (troisième pilier), la pension d'entreprise repose sur des produits financiers qui, par nature, comportent un risque élevé. Les fluctuations de rendements sont imprévisibles, inhérentes aux lois du marché des capitaux. "En Belgique, c'est la garantie de rendement, prévue par la loi, qui permet actuellement d'assurer aux travailleurs une rentabilité minimale du capital accumulé durant la carrière. On est l'un des seuls pays d'Europe à disposer d'un tel mécanisme légal qui réduit les risques financiers dans le 2e pilier de pension, souligne Bernard Bayot. Mais il ne s'applique pas à l'épargne-pension. Pour les particuliers, la rentabilité est donc loin d'être acquise", s'inquiète-t-il.
Dans ses rapports successifs, la Fédération européenne des épargnants et usagers des services financiers (Better Finance) dénonce, quant à elle, la faible performance des systèmes de pensions par capitalisation au sein de l'UE : les rendements à long terme des produits de pension privés sont insuffisants et parfois même négatifs, compte tenu de l'inflation mais aussi des frais prélevés. Selon elle, les intermédiaires financiers sont en partie responsables. Dans la plus grande opacité, les commissions peuvent atteindre jusqu'à 20 % du montant de la pension complémentaire ! Comparativement, les coûts de gestion pour la pension légale, sont de l’ordre de 2%.
 
Les crises financières mettent en péril les systèmes de pensions complémentaires. La crise boursière de 2008 a gravement fragilisé les produits de pension privés dans le monde. Aux États-Unis, des millions de pensionnés ont vu chuter leurs revenus et été con traints de retravailler pour survivre... Plus près de nous, aux Pays-Bas, où le 2e pilier est particulièrement développé, les pensionnés ont perdu 20% de leur pouvoir d’achat ces dix dernières années. Les reculs enregistrés sur les marchés financiers provoqués par la crise sanitaire ont déjà fait chuter les rendements à court terme de certains fonds de pension et assurances de groupe. Il est à craindre que le choc économique entraîne des effets plus dévastateurs encore à moyen et long terme…

La pension complémentaire d'entreprise est inégalitaire entre les travailleurs à haut salaire et bas salaire ainsi qu'entre les secteurs.