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Prix de l'eau : la douloureuse !

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Les publics les plus fragiles encaissent durement la hausse constante des factures d'eau. Désormais, on peut parler d'une précarité hydrique en Belgique.


Il fut un temps où le règlement des factures d'eau se faisait presque distraitement par les consommateurs. Par rapport aux autres charges à payer pour son logement, le montant représentait peu de choses. Aujour d'hui, c'est terminé ! Certes, les personnes privées d'eau par leur distributeur en raison d'impayés sont très peu nombreuses en Belgique (moins d'1% (1)). Il n'empêche: l'augmentation du prix de l'eau affole les compteurs et... les portefeuilles. Entre 2009 et 2013, la facture moy enne a augmenté de 25% en Wallonie et de 46% à Bruxelles. Le "poids" de l'eau dans les dépenses des ménages a crû de 76% entre 1999 et 2012.

Au-delà des chiffres, il y a les réalités vécues. Des personnes qui sont "tout juste" sur le plan financier en arrivent, par souci d'économie, à ne tirer la chasse qu'une fois par jour ou à stocker l'eau de vaisselle ou de lessive dans des seaux avant un autre usage non potable.

Certes, l'économie se conjugue parfois avec des réflexes écologiques de bon aloi : arroser les fleurs avec l'eau de lavage des mains, etc. Mais nombreux sont ceux qui agissent ainsi par stricte nécessité. Et c'est l'image de soi qui en prend un coup. Restreindre au minimum sa consommation d'eau peut revenir, en effet, à s'exposer à des problèmes d'hygiène et de santé. Qui peuvent, à leur tour, mener à l'isolement social. Quand on est "coupé" en eau, les alternatives sont chères et peu convaincantes : l'eau en bouteille, les bains publics (rares), les salons lavoirs… Toutes formes de comportements qui traduisent une impression – trompeuse – de maîtriser les difficultés.

Le prix de l'eau n'a cessé d'augmenter en raison d'une longue période d'inattention politique sur la qualité de l'eau de surface ou souterraine.

Boomerang financier

Les causes du renchérissement des factures sont connues. Le prix de l'eau n'a cessé d'augmenter en raison d'une longue période d'inattention politique sur la qualité de l'eau de surface ou souterraine. Cette négligence s'est soldée par l'impératif draconien – imposé par l'Europe – d'épurer massivement l'eau rejetée à l'égout. Et l'épuration, ça coûte !

Autre phénomène : les fuites. Elles peuvent faire mal : 35 mètres cubes par an pour un robinet fuyant goutte après goutte (4 litres par heure), c'est 115 euros annuels jetés à la pou belle !

Et puis, paradoxalement, les messages sur l'économie de la ressource en eau ont fait mouche : avec le déploiement des citernes à eau de pluie, les distributeurs répercutent leurs coûts fixes (importants) sur un nombre de mètrescubes payants de plus en plus réduit. Mais il y a aussi des phénomènes plus subjectifs autour de l'eau. Selon la Fondation Roi Baudouin, qui a réalisé récemment une enquête exploratoire sur la précarité hydrique en Belgique (une première), il manque chez nous une "culture de l'eau" qui conjuguerait prévention et éducation. Trop peu de Wallons semblent savoir, par exemple, qu'il est possible en cas de difficulté de s'adresser au Fonds social de l'eau (233 euros d'intervention en 2013, en moyenne) via les CPAS.

En France et en Grande-Bretagne, il existe des fonctions spécifiques de médiation entre les distributeurs et les consommateurs, pour éviter d'en arriver aux "coupures" (2). Des systèmes de facturation plus "doux", en cas d'impayés récurrents, permettent d'éviter les coups de bambou financiers (jusqu'à 10.000 ou 12.000 euros en Belgique).

Les Régions à la barre

Au-delà de ces constats, la Fondation Roi Baudouin reconnaît avoir éprouvé des difficultés pour chiffrer avec exactitude l'ampleur de la précarité hydrique. Il semble cependant que 5,25% des ménages belges ont consacré plus de 3% de leurs revenus à l'eau en 2012, ce qui constitue le seuil officiel de basculement vers la précarité. Une chose est sûre : si l'on veut avoir une vue d'ensemble plus claire sur tout le pays, il va falloir se concerter entre Régions. Car, depuis le 1er janvier dernier, la fixation du prix maximal de distribution est devenu une compétence régionale. Une petite complexité en plus : en Wallonie, il y a 50 producteurs/distributeurs...