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Smartphones : les quatre (gros) soucis de la 5G

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La 5G, nouvelle génération de réseau de téléphonie mobile, prépare son arrivée sur le marché et dans nos cerveaux. Bouleversement du quotidien assuré ! Pour le meilleur ou pour le pire ? Le débat, en Belgique, n’a pas eu lieu. Et pour cause…


Toujours plus vite, toujours plus fort, toujours plus pratique. Et toujours « plus » … tout court ! Ainsi se présente la 5 G, cette nouvelle génération de télécommunication mobile qui depuis peu commence à faire considérablement parler d’elle en Belgique et en Europe. En plein confinement, l’un des principaux opérateurs du pays a d’ailleurs frappé un grand coup début avril, annonçant qu’il permettait aux clients d’une trentaine de communes belges de bénéficier des services associés à la 5G, mais dans une version “ light ”. Résultat : une levée de boucliers dans une partie de ces communes, scandalisées que ledit opérateur ait profité d’une période si particulière (Covid-19) pour opérer ses essais et ajustements, alors que l’impact, à terme, de la 5G sur la santé fait débat. À moins que ce coup de force de l’opérateur ait joué le rôle de cheval de Troie dans la forteresse des résistances…

C’est qu’elle a de quoi séduire, la 5G ! Dans un premier temps, elle permettra de renforcer les services offerts par la 4G. Mais avec quelle efficacité ! Les connexions à Internet depuis les smartphones devraient ainsi être jusqu’à 10 fois plus rapides (1). Le chargement d’un film à haute densité de 30 Go devrait chuter de 17 à trois minutes, celui de 500 photos n’exigera plus que 40 secondes et celui d’un album MP3 passera à seulement 3 secondes. Les amateurs de chargement en streaming de qualité 4 K, les passionnés de jeux à la demande… vont connaître eux aussi des satisfactions décuplées. Il sera également possible d’assister à des compétitions sportives ou de visiter des musées avec une qualité de son et d’image nettement meilleure à celle d’aujourd’hui.

L’univers des objets connectés

Mais la 5G ne permettra pas seulement de résoudre les problèmes d’engorgement et de saturation qui menacent la 4G actuelle. Dans un deuxième temps, elle ouvrira également la voie à une véritable révolution industrielle et technologique, autorisant la connexion en temps réel de milliards d’objets à travers la planète (jusqu’à 50 milliards à l’horizon 2025) (2). Cette hyper-connectivité devrait permettre aux médecins d’opérer à distance, aux véhicules autonomes de se côtoyer sans accidents, aux villes intelligentes (smart cities) de gérer leurs flux de mobilité et d’énergie bien plus efficacement et économiquement qu’aujourd’hui. Et, soit dit en passant, aux frigos domestiques, rebaptisés “ intelligents ”, d’envoyer automatiquement la liste des courses à faire aux grandes surfaces : simple exemple parmi bien d’autres, annonçant le ravalement de la domotique actuelle au rang d’antiquité. Sans oublier, bien sûr, l’automatisation et la robotisation des usines et des entreprises, promises à des révolutions majeures… Bref, plus qu’une révolution technologique, une véritable rupture anthropique.

Techniquement, la 5G utilisera des fréquences plus nombreuses et différentes de la 4G. Capables de mettre en relation un million d’objets par kilomètre-carré urbain, les antennes seront différentes de la gamme actuelle. Petites et de faible portée, elles seront disséminées un peu partout dans notre environnement quotidien à raison de 100 à 150 mètres de distance, et émettront des ondes dites “ millimétriques ” en complément des antennes traditionnelles. Au lien d’arroser toute une zone, elles pratiqueront une sorte de sur-mesure, c’est-à-dire qu’elles émettront un signal ciblé vers chaque utilisateur selon ses besoins (1).  

Voilà pour les atouts affichés par ses promoteurs… Et pour le reste ?

Santé : encore plus d’ondes nocives ?

En France comme en Belgique, la 5G sera commercialisée avant même qu’on évalue en profondeur son éventuel impact sur la santé. En effet, chez nous, le Conseil supérieur de la santé, qui conseille les autorités publiques, ne se prononcera au plus tôt qu’à l’automne 2021. Son homologue en France, l’Anses, n’a formulé qu’un rapport provisoire à ce stade, dans lequel elle estime “ ne pas voir en quoi les signaux de la 5G seraient fondamentalement différents et plus dangereux que ceux de la 4G ”. Un bémol, selon l’Anses : l’impact des deux nouvelles bandes de fréquence utilisées mériterait une attention particulière. Dès 2017, puis en 2018, des groupements internationaux de scientifiques et de médecins spécialisés en environnement (ISDE) ont réclamé un moratoire sur la 5G en vertu du principe de précaution. La Fédération suisse des médecins leur a emboîté le pas (3). Les craintes portent sur une altération de l’expression des gènes et du fonctionnement de la membrane cellulaire des utilisateurs. Serait en péril, également, la synthèse de certaines protéines impliquées dans les processus inflammatoires et immunologiques : la porte ouverte à des effets systémiques dans l’organisme. Également évoquée, la possibilité que les glandes sudoripares agissent, de par leur structure en spirale dans la partie supérieure de la peau, comme des antennes pour les ondes millimétriques, “accroissant significativement le taux d’absorption des ondes par la peau ”. Selon Inter-environnement Bruxelles, l’élaboration (en cours) d’une nouvelle législation sur les normes de protection par les autorités régionales aurait pour effet, si elle était votée telle quelle, de diviser par six la protection des citoyens contre la téléphonie mobile par rapport à la 4G et… par 23 depuis la législation de 2014. Si cela se vérifie, la vie des personnes électrosensibles (lire En Marche du 20 septembre 2018) serait promise à de douloureux lendemains.  

Matières premières : un gaspillage massif

L’adoption de la 5G impliquera la mise au rebut de nos chers smartphones. Et… de tous les objets déjà connectés, promis à une forme d’obsolescence anticipée voire programmée. Une nouvelle fois, serait-on tenté d’écrire, tant la technologie nous a habitués au gaspillage de matériaux classiques ou de terres rares aujourd’hui si peu - voire pas du tout - recyclés : germanium, palladium, cobalt, tantale, indium, gallium… Ce n’est plus un mystère : beaucoup de ces matières premières proviennent d’exploitations minières méprisant les normes sociales et environnementales, parmi lesquelles l’interdiction de mise au travail d’enfants et d’adolescents. “ De quoi jeter le discrédit sur l’avenir radieux qu’on nous vend ”, commente-t-on chez Ecoconso, qui pronostique aussi une augmentation exponentielle des batteries à fabriquer et à… jeter (4). Mais l’achat du matériel de nouvelle génération ne sera qu’une étape, rapidement suivie par les impacts de l’utilisation. Et là, ça risque de faire mal. La hausse vertigineuse des données (data) échangées grâce à la 5G aboutira, notamment, à la multiplication des data centers, ces halls de stockage fonctionnant à grands renforts de refroidissement et de ventilation. Donc d’énergie. Comment, dans de telles conditions, respecter les objectifs de réduction urgente des émissions de gaz à effet de serre décidés à Paris en 2017 ?

Transparence : drôle de procédés !  

Parfois, certains opérateurs de téléphonie mobile ont le chic pour se faire détester… Lorsque l’un d’eux, début avril, a poussé ses installations 4G jusqu’au niveau 5G à titre expérimental, il a certes prévenu préalablement les bourgmestres des 30 communes concernés. Mais… sans mention explicite de la 5G, dont il sait pertinemment que l’exposition aux ondes suscite craintes et méfiances d’une partie de la population. Ce procédé a fâché les communes d’Ottignies à Ciney en passant par Namur, Mons, Wavre, etc. Autre signe que le secteur sait qu’il marche sur des œufs : lorsque l’Institut belge des services postaux et des télécommunications (IBPT, le "gendarme ” régulateur du secteur) a ouvert sa consultation publique relative aux fréquences nécessaires à la 5G (elle s’est clôturée le 21 avril dernier), la mention explicite à la 5G n’est pas apparue dans l’intitulé de l’annonce de la consultation mais seulement dans une annexe. “ Manifestement, la consultation publique organisée par l’IBPT n’a nullement pour vocation de susciter un débat quelconque sur ces questions fondamentales, alors que c’est précisément l’intérêt essentiel, sinon le seul, d’une consultation publique ”, expliquent quatre associations dans une réclamation adressée il y a quelques jours à l’IBPT. Beaucoup plus troublante, cette révélation d’Alter Échos (5) : dix jours à peine après qu’une citoyenne belge courroucée eût réussi à récolter 105.000 signatures contre la 5G, sa pétition a mystérieusement disparu du site hébergeant cette action de protestation d’une ampleur inédite. Fort de son enquête, Alter Échos regrette la “ fragilité des initiatives citoyennes ” contre un tel chantier alléchant pour les entreprises mais aussi pour l’État. Car, à terme, les fréquences nécessaires à la 5G seront mises aux enchères par l’État.

Éthique : tous des robots ?

Philosophes et juristes, notamment, s’interrogent sur le sens du “ toujours plus et toujours plus vite ”, que la 5G accentuera. Dans le contexte de la crise sanitaire liée au Covid-19, leur interpellation trouve un écho particulier : une certaine sobriété n’est-elle pas à retrouver ? La recherche effrénée de profits est-elle admissible au vu des grands maux planétaires ? Avec la 5G, s’inquiètent ces penseurs, les décisions de machines de plus en plus nombreuses se prendront en micro-fractions de secondes, ce qui s’accorde mal avec le rythme de la réflexion et de la décision politiques. De plus, couplée avec l’algorithmisation croissante de la société, la révolution numérique liée à la 5G nous soumettra encore davantage au pouvoir des géants du web (Gafa et consorts), ceux-là même qui “ court-circuitent les États en récoltant massivement nos données et en s’adressant directement au client-consommateur-citoyen ” (6). Selon le philosophe Mark Hunyadi (UClouvain), “ la 5G ne va pas vraiment augmenter notre confort, mais bien l’emprise du système sur les individus, C’est la particularité du numérique que de prétexter notre bien-être et l’accès à des outils pratiques et amicaux pour, en réalité, chercher à s’alimenter de données à son profit ”. La fin, là aussi, d’une forme de liberté ? (7)


   (1) www.ariase.com

   (2) www.greenit.fr

   (3) www.grappebelgique.be

   (4) www.ecoconso.be

   (5) www.alterechos.be (10 avril 2020)

   (6) www.bhct.eu (atelier du 16 novembre 2019)

   (7) www.imagine-magazine.com (n° 138)