Retour à Éducation

Et si l'enfant était au cœur des horaires scolaires ?    

©iStock ©iStock

Les horaires scolaires ne correspondent pas au rythme biologique des enfants et des adolescents. Les changer est un défi qui dépasse l'école et engage tous les secteurs de la société. Ces horaires vont pourtant impacter les dispositions d'apprentissage de l'enfant et son épanouissement.


C'est une routine bien connue des familles. Les réveils difficiles, les enfants qui naviguent dans le brouillard aux premières heures du matin. Pourquoi s'imposer ce train-train qui semble contre-nature ?

Quel que soit leur âge, les enfants ont un rythme circadien (dont la période avoisine les 24 heures) qui conduit à des fluctuations de leur attention et de leur éveil. La chronobiologie, la branche de la science qui étudie l'organisation temporelle des êtres vivants, a identifié deux moments creux dans l'attention des jeunes élèves : l'entrée matinale en classe et le début d'après-midi, soit le temps après la prise du repas. "Malheureusement, l'école maternelle ou primaire débutant trop tôt le matin, trop de réveils sont provoqués", peut-on lire dans le dossier consacré à cette question publié par l'INSERM, l'institut français public de recherche. Le constat vaut aussi pour les adolescents. Malgré un plus faible besoin d'heures de sommeil, leur période d'activité se décale dans la soirée pour reprendre naturellement plus tard le lendemain. Une influence biologique certaine, à laquelle il faut ajouter des facteurs comportementaux qui dérégulent le cycle circadien (usage des écrans, pratique tardive du sport, repas décalé, etc.).

La vigilance évolue au fil des heures, avec un pic qui se situe vers 11h20, pour ensuite diminuer jusqu'à la pause de midi. L'après-midi est une période de creux mais la vigilance reprend le dessus vers 15h, toutefois moins élevée que dans la matinée.

La journée idéale

Le Comité des élèves francophones, représentant les jeunes de l'enseignement secondaire, a dressé l'horaire idéal d'une journée scolaire. Elle commencerait à 9h pour se terminer à 14h35, avec des plages de 40 minutes (et non plus 50) et une alternance entre des matières théoriques et pratiques.

L'Union francophone des associations de parents de l'enseignement catholique (UFAPEC) (1) recommande quant à elle de commencer l’école à 9h30, d’inclure une période entre 12h et 15h pour les cours sportifs et manuels ou les activités extrascolaires, qui nécessitent moins de concentration. Les cours reprendraient ensuite pour se terminer vers 17h.

"Il y a 30 ou 40 ans, les périodes de classes étaient plus longues, rappelle Conrad Van de Werve, porte-parole du Secrétariat général de l'enseignement catholique (SeGEC). Elles ont été raccourcies sur demande des enseignants pour leur libérer du temps pour la préparation des leçons et concilier leur travail avec leur vie de famille".

Les rythmes annuels

Le cadre actuel laisse une grande marge de manœuvre aux établissements. Les obligations concernent le nombre d'heures à dispenser annuellement, ainsi qu'une obligation d'un minimum de 30 minutes de temps de midi. Le reste est à l'appréciation des pouvoirs organisateurs. Le Pacte d'excellence prévoit une réflexion globale pour s'adapter au rythme des enfants. Le texte préconise de ne pas commencer l'école avant 8h30 et prévoit d'allonger la journée d'une heure ou d'une heure trente pour y intégrer des activités extra-scolaires. L'étude de faisabilité conclut toutefois sur la grande difficulté de mettre en œuvre une telle réforme, et qu'il est moins complexe de s'attaquer au découpage annuel (l'alternance des périodes de cours et des vacances). Celui-ci n'a que très peu bougé depuis des décennies, au risque de répondre à des attentes aujourd'hui désuètes (voir encadré). L'étude de l'UFAPEC rappelle ainsi que les deux mois de congés estivaux (juillet et août) datent de l'époque où les élèves quittaient l'é­cole pour aider leurs parents aux travaux agricoles.

Et ailleurs ?

La réflexion sur l'organisation des heures d'école accompagne la problématique de l'efficacité de notre enseignement, souvent pointée du doigt par les études internationales. Notre pays se classe 35e au dernier classement PISA, la grande enquête internationale menée par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), en-dessous de la moyenne européenne et loin derrière la Flandre. À l’opposé, le modèle "d'intégration individualisée" des pays scandinaves se situe en haut des classements. Ce modèle met l'apprenant au centre de la pratique pédagogique, accompagné par un suivi individuel et la tenue de travaux en petits groupes, pour favoriser les échanges. La fonction d'enseignant est estimée et valorisée dans la société, où les professeurs sont perçus comme des experts de l'éducation. Autre ingrédient de ce succès des pays nordiques : tenir compte du rythme naturel des jeunes.

Bien qu'il soit parmi les plus performants du monde, le modèle finlandais est pourtant le moins intense : cinq à six heures de cours, cinq jours par semaine. La journée de classe se termine vers 13h, laissant l'après-midi libre pour les activités extrascolaires. La quantité de devoirs à effectuer à la maison est également faible, avec une charge de travail quotidienne d'une vingtaine de minutes. L'ambition : laisser du temps aux enfants pour le sommeil et le développement cognitif.

Un impact global

La journée idéale se calquerait sur les horaires naturels du corps. Dans les faits, cela est bien plus complexe. Les parents doivent être disponibles pour aller conduire leurs enfants à l'école, des enseignants et des éducateurs doivent être présents dans les écoles pour l'encadrement, des acteurs extrascolaires doivent être disponibles pour proposer des activités… Le tout serait à inscrire dans un plan budgétaire déjà serré, tant au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles que des établissements scolaires.

Changer l’organisation de l’enseignement a un impact sur une autre série de secteurs.  En 1991, le gouvernement mettait en place une commission des rythmes scolaires à l'initiative du ministre de l'En­sei­gnement Jean-Pierre Grafé. Outre les représentants des enseignants, des pouvoirs organisateurs et des associations de parents, on comptait parmi les intervenants des représentants du secteur du tourisme et de l'horeca. Ceux-ci s'étaient farouchement opposés à tout projet de réforme pour ne pas impacter leurs activités organisées autour des vacances scolaires. Plus récemment, l'ancien CEO de la SNCB Jo Cornu a encouragé les écoles à adapter leurs horaires non pas aux besoins des élèves mais… au nouveau plan d'horaires des trains pour leur permettre d'arriver à l'heure.

 

(1) "Repenser les rythmes scolaires", UFAPEC, 2015.

Quelques astuces pour bien dormir…et bien démarrer la journée du lendemain

-    Mettre en place une routine le soir pour faciliter l'endormissement et rendre le réveil moins difficile ;
-    Éviter les aliments trop lourds ou trop sucrés en soirée ;
-    Éviter les écrans ;
-    Respecter la sieste pour les enfants jusqu'au moins 5 ans ;
-    Prendre un bon petit déjeuner ;
-    Éclairer la salle de bain et la table du petit déjeuner pour mettre le cerveau en éveil.

Repenser les vacances scolaires ?

Faut-il raccourcir les vacances d'été au niveau scolaire ? La question n'est pas neuve et suscite de nombreux débats. Récemment, elle a été posée à une partie de la population dans le cadre du dernier Grand Baromètre Le Soir-RTL-Ipsos (1).

Sans équivoque, la majorité se prononce contre. À côté de 15-20% d’indécis, 47% des Wallons, 42% des Bruxellois et 46% des habitants de la Fédération Wallonie-Bruxelles estiment qu'il ne s'agit pas d'une bonne idée, alors que respectivement 40%, 38% et 40% pensent l'inverse.

Faudrait-il alors raccourcir ces vacances d’été pour allonger celles de Toussaint, de Noël, de Pâques ? Faut-il rythmer l’année autour de périodes de sept semaines de cours suivies chaque fois par deux semaines de congés ? C’est la thèse développée par les signataires du Pacte d’excellence qui ont cependant précisé qu’elle "devra faire l’objet d’une étude de faisabilité approfondie."

L'année scolaire, dans sa forme actuelle, est intrinsèquement liée au calendrier liturgique et aux travaux des champs : à l'origine, les périodes de vacances permettaient aux enfants de quitter l'école pour aider leurs parents. Il n'était donc nullement question à l'époque de respecter le rythme biologique de l'enfant. Pour cette raison, depuis les années 80, certains psychopédagogues plaident pour une réforme du calendrier scolaire. Les partisans de vacances d’été plus courtes se réfèrent volontiers aux Pays-Bas ou à l’Allemagne, où les écoliers ne sont en congé que durant six semaines. La nouvelle ministre wallonne de l'Enseignement, Caroline Désir (PS), y est favorable. "L’année scolaire est mal balancée entre périodes de cours et périodes de congés. Quand la séquence de cours est trop longue, les élèves deviennent in­gérables, et les profs n’en peuvent plus. D’un autre côté, les vacances d’été sont très longues, peu confortables pour les familles. Il y a certainement moyen de faire mieux sur l’année et sur la journée, où la capacité de concentration n’est pas uniforme. Il faut cesser de vouloir faire ce qu’on a toujours fait", proposait-t-elle il y a quelques semaines.

Selon Pedro De Bruyckere, pédagogue à la Haute École Artevelde (Gand), il convient de nuancer le propos : "Les enfants bénéficient dans ces pays d’un nombre équivalent de vacances annuelles. Ne pas apprendre aide à apprendre, les écoliers ont besoin de pauses", soulignait-t-il auprès de la VRT. Et d'ajouter : "Nous pourrions sans doute raccourcir les vacances d’été, mais il faudrait dès lors prolonger d’autres congés. Nous ne pouvons pas toucher au nombre total de jours de vacances. Obliger les enfants à passer plus de temps sur les bancs de l’école ne va pas les mener à apprendre plus de choses."

(1) Le Soir en ligne du 17/12/2019 : "Grand Baromètre: pas touche aux vacances scolaires!"