Retour à Éducation

Moi, ministre de l’Enseignement

"L’école mérite mieux qu’un pamphlet". Par ces mots, Marie-Martine Schyns, alors ministre de l’Enseignement, répondait aux attaques cinglantes formulées par Frank Andriat dans Les profs au feu et l’école au milieu. Un an après, le "simple prof" propose dix idées dont il s’inspirerait s’il avait la charge de l’enseignement.


"En août 2013, la publication des ‘Profs au feu et l’école au milieu(1) a fait couler beaucoup d’encre et m’a valu des milliers de réactions, lance Frank Andriat. Les unes enthousiastes, venant surtout de professeurs heureux de lire ce qu’ils pensaient tout bas, les autres rageuses venant de spécialistes de l’enseignement et de technocrates fâchés de me voir mettre les pieds dans le plat".

Effectivement, le professeur de français à l’Athénée Fernand Blum (Schaerbeek) et écrivain n’avait pas mâché ses mots pour dénoncer la situation d’un métier qui pleure et d’une école de l’excellence qui se meurt. Bref, le coup de colère et le cri de désespoir d’un homme qui enseigne depuis 34 ans avec passion et qui, à l’instar de Stéphane Hessel, appelle à s’indigner.

Nourri de nombreux échanges, discussions et rencontres, Frank Andriat a voulu donner une suite positive et constructive à son pamphlet. Dans Moi, ministre de l’enseignement, il formule dix propositions pour redonner du sens à l’école, créer de l’espoir, ouvrir le dialogue… "Les spécialistes en sciences de l’éducation vont sans doute trouver ces propositions simplistes, peu scientifiques. Mais j’espère qu’ils s’attacheront à rendre possibles certaines des pistes proposées, à créer le cadre d’une école et d’une société compréhensibles par tous", plaide l’auteur. Plus que des solutions et mesures clé sur porte, c’est bien d’orientations, d’idées forces dont il s’agit.

Revenir à l’humain

Ainsi, s’il était ministre de l’Enseignement - ce qu’il ne souhaite nullement - Frank Andriat défendrait une école de l’excellence pour tous, une école qui offre l’opportunité à chacun d’être confronté à de véritables exigences et à de la rigueur, si loin d’une école qui nivelle tout le monde par le bas. "Une école de l’excellence n’est pas une école qui ne s’occupe que des meilleurs mais une école qui rend chacun meilleur, qui…élève, qui se fonde sur la reconnaissance de plusieurs types d’intelligence (…). Elaboré par des intellectuels, le concept de l’école de la réussite qui prévaut aujourd’hui a perdu de vue les formations manuelles et techniques, les considérant plus ou moins ouvertement comme une voie secondaire, moins épanouissante. Il faut cesser de parler des universités et des hautes écoles comme seuls objectifs valables", affirme le professeur, fustigeant au passage le décret Inscriptions par son impact ghettoïsant.

Autre proposition fondamentale : partir de l’école du bas, c’est-à-dire des besoins et difficultés des élèves et des professeurs, et non plus des idées de pédagogues en chambre et technocrates qui pensent - et formatent - l’école sans l’expérimenter sur le terrain. Cela signifie notamment, selon l’auteur : reconnecter l’école au réel et à l’humanisme, rétablir un lien clair entre ce que les adolescents vivent à l’école et ce qu’ils connaissent du monde extérieur, redonner du sens aux apprentissages en sortant de l’obsession de l’acquisition des compétences et en se souciant davantage de la réflexion et de la formation de l’esprit critique.

Cela implique de redonner aux enseignants la liberté perdue, d’après lui, au fil des décrets et réformes se succédant à un rythme effréné. De leur faire confiance aussi, de leur rendre espoir et fierté de pouvoir exercer leur métier "comme un art".

"Aujourd’hui, les professeurs sont devenus des profs Ikea", soupire Frank Andriat, ne quittant pas le regard accusateur ni le ton mordant de son premier ouvrage. Il les décrit comme des techniciens sommés d’appliquer programmes, méthodes et manières de penser, des exécutants de tests d’évaluations externes certificatifs (comme à la fin du 1er degré). D’où une perte de sens et de motivation tant chez les enseignants que chez les élèves.

"Si j’étais ministre de l’enseignement, j’oublierais aussi les sondages et les statistiques qui créent une école de la performance et de la sélection", ajoute encore Frank Andriat. "Il faut apprendre pour le plaisir d’apprendre et non pour obtenir une bonne place dans le classement de l’enquête Pisa de l’OCDE. Celle-ci enferme les processus d’éducation dans l’obsession de la performance. (…) Or, l’école doit être un outil de solidarité, d’ouverture à l’autre et aux différences, un lieu d’émancipation et d’acceptation, un espace où les voix plurielles de la démocratie peuvent se faire entendre", s’exclame l’auteur… avant de reprendre, enthousiaste, le chemin de l’école, dans l’optique de faire de son mieux et de donner envie aux jeunes de devenir des gens biens…


Pour en savoir plus ...

>> Moi, ministre de l’Enseignement • Frank Andriat • Ed. renaissance du livre • 160 p • 2014 • 9,90 EUR