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Quand dame Nature donne cours

©Soraya Soussi ©Soraya Soussi

Apprendre les maths, le français, suivre le cours d'éveil... en pleine nature ? C'estpossible ! Le challenge "Alors, on sort", lancé par Good Planet Belgium invite les enseignants à donner cours dehors. Objectifs : reconnecter les enfants à la nature bénéfique pour la santé – et les sensibiliser de façon ludique aux enjeux environnementaux. En Marche a accompagné les élèves de l'école primaire Sainte-Thérèse à Ans lors d’une journée au vert.


À l'ombre d'un bel arbre, des paniers de fruits, des gourdes d'eau, des nappes de pique-nique posées dans l'herbe attendent les élèves de l'écoles Sainte-Thérèse à Ans pour leur collation. Aujourd'hui, les bancs et pupitres des classes des 3e et 4e primaires sont remplacés par ce décor champêtre. 55 élèves participent au challenge "Alors, on sort" (lire ci-dessous). Au programme : cueillette d'orties, réalisation d'un brasero et atelier cuisine de chapatis (petits chaussons fourrés) sur le terrain boisé, juste à l'arrière des bâtiments de l'école. 

Grâce à des activités accessibles et ludiques, les enfants apprennent les matières du programme scolaire tout en étant sensibilisés aux enjeux écologiques et environnementaux. "Être en lien avec la nature nous permet de mieux la connaitre, la comprendre, l'apprécier et finalement, de vouloir la préserver. Une grande partie de notre alimentation provient de la nature. Si les abeilles ne sont plus là pour polliniser nos arbres fruitiers par exemple, on ne pourra plus manger certains fruits. On perdrait alors des aliments très importants pour notre santé (sources d'antioxydants, par exemple). On explique tout cela de manière compréhensible aux enfants. Il y a donc aussi toute une dimension sanitaire derrière ceux de l'écologie", précise Nathalie Leyder de Good Planet.

Math, français et éveil... dehors !

Après le pique-nique dégusté sur les nappes, les élèves sont répartis en équipe. Pendant qu'un groupe récoltera les orties, l'autre préparera le brasero. Et un troisième s'occupera des chapatis. C'est parti !

                                 Le groupe "cueillette " débute par un petit jeu qui consiste à cueillir une feuille de n'importe quelle espèce. Animée par Lenka de Good Planet, cette mini chasse aux feuilles permet d'apprendre à reconnaitre la végétation qui entoure l'école. Nervures, limbe, pétiole, crénelé... Autant de termes qui décrivent les "trésors verts" récoltés par les enfants, et leur permettent de les reconnaitre, tout en apprenant de nouveaux mots. Place ensuite aux orties... "Soyez attentifs à cueillir seulement les jeunes pousses – les trois derniers étages de la tige – car ce sont elles qui sont riches en vitamines et minéraux. N’arrachez pas la plante avec les racines. C'est important aussi de respecter le végétal pour qu'il puisse repousser." Quelques regards vers l'animatrice traduisent une inquiétude d'être piqué ! C'est connu, cette plante sait se défendre. "Vous avez des gants mais il existe une technique pour les cueillir à main nue ! Il suffit de les prendre par le dessous, là où il ya le moins de poils, car ce sont les poils urticants qui piquent". Rassurés, les enfants foncent à la recherche "des plus belles feuilles d'ortie".

Quelques minutes plus tard, tous reviennent, leurs paniers remplis de jeunes pousses. Il est temps à présent de les laver. "Quand on cueille des herbes sauvages, mieux vaut toujours les nettoyer avec de l'eau et du vinaigre pour les désinfecter", prévient l'animatrice. Elle propose aux enfants de mieux connaître cette herbe à la réputation nuisible, par la lecture d'un petit guide. Kylian, 9 ans adore la nature et s'émerveille d'en apprendre davantage sur cette herbe qu'il connaissait déjà un peu. "On peut faire des médicaments, des remèdes, des soupes à l'ortie, c'est super bon ! On peut aussi faire des infusions. Et même des shampoings, des baumes et du savon ?!" s'étonne-t-il en tournant les pages du livre.

Jouer avec le feu

Plus loin, entouré des ruines de l'ancien couvent, le groupe "brasero" s'active autour du feu que les enfants viennent de lancer. C'est un succès ! Emilie, une autre animatrice les accompagne : "Les enfants ont appris à ‘faire la charge bois’ (ramasser du bois donc), à le trier puis à démarrer un feu dans une fonte en métal, en commençant par les brindilles. Je leur ai montré comment utiliser la pierre à feu, avec le silex. On a également parlé de l'écorce de bouleau qui est un super allume-feu."

Pour la plupart des enfants, c'est une grande première. "Je suis super fière de moi, lance Prunella qui s'est auto-proclamée "gardienne du feu". C'est trop chouette de réussir quelque chose quand c'est la première fois qu'on le fait." Cette assurance doit néanmoins être accompagnée : "Il y a des enfants qui ont peur du feu. On leur a enseigné des notions de sécurité comme être calme, délimiter l'espace autour du brasero avec des rondins, etc. Une fois qu'ils ont apprivoisé le feu, ils ont évidemment envie de jouer avec lui. C'est normal, c'est un besoin. Nous ne voulons pas l'interdire car c'est aussi par le jeu qu'on combat nos peurs mais, à nouveau, il y a des règles de sécurité à respecter".

Brusquement, la pluie se met à tomber ! Des bâches sont rapidement déployées pour couvrir les enfants et leurs réalisations... Du côté de l'atelier cuisine, le groupe est en pleine préparation de la pâte à pain. "Un peu d'eau, du sel, de la farine... on mélange bien avec les doigts..." Au bout d'une trentaine de chaussons, Loredana et ses camarades de classe maîtrisent l'art de la confection des chapatis. Samuel, lui, adore aider sa maman à cuisiner. Ici, il est dans son élément. C'est lui qui apporte les chapatis prêts à être mis sur les braises. "Il faut les cuire cinq minutes je pense, jusqu'à ce qu'ils deviennent un peu grillés", précise-t-il.

Si la pluie est venue quelque peu ralentir les activités, elle n'aura certainement pas refroidi l'enthousiasme ni la motivation des enfants qui, à la fin des activités, ont pu déguster avec plaisir les fruits de leurs apprentissages.

Pour en savoir plus ...

Good Planet Challenges

Chaque année, d'octobre à avril, Good Planet Belgium invite les écoles à participer à cinq défis, durant cinq jours sur cinq thèmes différents :

1. "Croque local", pour manger local et de saison (octobre) ;

2."Zéro déchet", pour éviter l'accumulation de déchets (novembre) ;

3. "Gros pull", pour sensibiliser à la surconsommation d'énergie (février) ;

4."Tous à l'eau" sensibilise au gaspillage d'eau et apprend aux élèves à la valoriser (mars)

5. "Alors, on sort" afin de reconnecter les enfants à la nature (avril).

Durant l'année scolaire 2020-2021, 500 écoles ont participé aux challenges. >> Pour en savoir plus : goodplanet.be ou contacter Lenka Cerne, chargée de projet des challenges, au 0477/89.56.64 ou par e-mail à l.cerne@goodplanet.be

La nature contre les inégalités sociales

Valérie enseigne depuis une vingtaine d'années à l'école Sainte-Thérèse. Avec deux autres collègues, elles ont bataillé ferme pour obtenir un permis d'exploiter le grand terrain défraichi et abandonné à l'arrière de l'école.

"C'était un couvent, avec un immense espace vert qui ne servait à rien. On trouvait dommage de ne pouvoir jouir de ce lieu si proche de l'école. Le Covid a permis d'accélérer la procédure d'autorisation. C'est devenu une évidence de permettre aux enfants d'y accéder. Au sein de l'école, il y a un internat, qui accueille des enfants placés par le Service de Protection de la Jeunesse. Ces enfants ne jouissent pas des bienfaits d'un parc, d'un bois, d'un jardin...".

Si l'école accueille un public diversifié socialement, elle se situe néanmoins dans un quartier défavorisé. De nombreuses familles, à faibles revenus, habitent à proximité de l'école et sont logées dans des petits habitats, dépourvus de jardins ou terrasses. "Durant le confinement, les enfants sont restés enfermés chez eux. Et lorsqu'ils sont revenus à l'école, on a vu les dégâts psychologiques : comportements violents et agressifs, mal-être perceptible, difficultés de se concentrer, manque de motivation...", déplore l'institutrice.

Depuis septembre dernier, une à deux fois par semaine, Valérie et ses collègues donnent cours dehors, au milieu des arbres et de la broussaille... Pour les enseignantes, la transformation est radicale : "Il n'y a plus de violence. Les enfants sont très enthousiastes et intéressés par tout !"

Les institutrices ont également pu apprendre à mieux connaître leurs élèves et à poser un regard différent sur eux, rendant les relations plus détendues et propices aux dynamiques d'apprentissage. "On manipule des outils, on leur apprend la sécurité, on développe la psychomotricité fine... On réalise qu'ils sont capables de plein de choses. La preuve, quand on voit l'évolution du jardin au fil des mois. C'est fantastique !", se réjouit Valérie.