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Le marché locatif sous l'oeil de scientifiques

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Pour tenter d'y voir clair dans les loyers en vigueur en Belgique, l'Institut wallon de statistiques a analysé les annonces d'Immoweb. Les conclusions ne sont pas réjouissantes pour les ménages les plus pauvres.


C'est une collaboration inédite avec le site spécialisé en annonces immobilières qu'a menée l'Institut wallon de statistiques (Iweps). Dix ans d'annonces lui ont permis d'enrichir "considérablement" les données utilisées jusqu'ici, c'est-à-dire les baux enregistrés auprès du Service public fédéral Finance. En effet, près d'un bail sur deux ne fait pas l'objet d'un enregistrement, malgré l'obligation légale. Et dans l’enregistrement des baux, on ne trouve que très peu d’informations sur le type de logement, la surface … Les données issues d'Immoweb étoffent donc les sources. Même si elles comportent aussi quelques biais : Immoweb ne concerne qu'une partie du marché (+/- 40% des baux signés en 2016) et se focalise surtout sur les communes riches et du centre du pays. Ceci étant, fort de ce complément, l'Iweps se dit en capacité d'avancer des "éléments pertinents sur le montant, l’évolution et la distribution géographique des loyers".

Premier constat de l'étude : les loyers des biens les plus modestes croissent plus vite que ceux des logements plus chers et plus spacieux – qui ont même tendance à diminuer. Ainsi, "en Wallonie, le prix moyen annoncé sur Immoweb pour un appartement d’une chambre a crû de 14% entre 2006 et 2016, alors que celui des maisons d’au moins quatre chambres a diminué de 11%". "L’augmentation pèse donc plus chez les publics précaires qui ne peuvent se permettre que de louer des (petits) logements bon marché", observe l'étude.

Deuxième constat : les prix diffèrent fortement d’une commune à l’autre. En 2015, par exemple, le loyer moyen est estimé à 519 euros à Charleroi, 613 euros à Namur et 783 euros à Wavre. D'après l'Institut, ces différences s’expliquent par trois axes : le type de biens disponibles dans la commune, une logique centre-périphérie et une logique pauvreté-richesse. Les grands logements sont plus fréquents dans les communes riches du centre du pays. Plus on se rapproche de centres économiques comme Bruxelles, le Luxembourg ou Anvers, plus les loyers pour les grands logements sont importants.

D'autres études l'attestent: le taux de pauvreté des locataires est environ quatre fois plus important que celui des propriétaires occupants, et cette inégalité a tendance à s’accroître. "Le fait que les loyers d’Immoweb et des baux soient particulièrement élevés par rapport aux allocations sociales et aux loyers actuellement versés peut expliquer une certaine difficulté des ménages contraints de trouver ou retrouver un logement. Cette difficulté se transformant souvent en véritable détresse pour les ménages pauvres.".

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