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An Lavens, une directrice optimiste

Découverte des réserves du musée BELvue
© Arts & Publics Découverte des réserves du musée BELvue
© Arts & Publics

Le projet "Public à l'œuvre" est sur les rails. Depuis la rencontre des citoyens sélectionnés le 4 septembre, une visite interactive du BELvue et deux ateliers ont déjà aidé les participants à se questionner sur le rôle des musées dans notre société, sur l'art en général et sur la manière de raconter une histoire à partir d'un objet.


Le 18 octobre dernier, le groupe a rencontré la directrice du musée, An Lavens, et les participants ont été invités à lui poser toutes les questions qu'ils avaient en tête. Un moment convivial et détendu. An les a ensuite accompagnés au 3e étage du musée pour ouvrir les réserves de la collection consacrée à la dynastie.

La thématique plutôt que la chronologie

C'est l'occasion pour le groupe d'investiguer sur l'histoire et la philosophie du musée. Pour An, l'important est d'être inclusif et participatif. Le BELvue se veut être à l'écoute des besoins de ses groupes cibles. En 2005, le musée BELvue ouvre officiellement ses portes : les grands moments de l’histoire de la Belgique et de ses souverains sont évoqués de manière chronologique. En 2016, le BELvue inaugure un nouveau parcours permanent sur la Belgique et son histoire. Avec une approche thématique (et non exhaustive), une scénographie moderne et interactive, le musée propose au visiteur des clés pour comprendre la Belgique et notre société. Le parcours permanent est amené à évoluer et à se renouveler en fonction des attentes des différents publics cibles. Le contenu de la salle thématique consacrée à l’Europe a ainsi déjà été adapté en 2018. D’autre part, le BELvue a remarqué que les visiteurs avaient besoin d’encore plus d’informations au sujet de l’histoire coloniale afin de mieux pouvoir la comprendre. Un dossier pédagogique évolutif sur le passé colonial sera d’ailleurs très prochainement mis à disposition des enseignants sur le site du BELvue.

À côté de son exposition permanente, le BELvue accueille des expositions temporaires conçues par des partenaires externes et sélectionnées par un comité selon différents critères. Le musée n'a pas de budget pour financer la réalisation des expositions temporaires mais soutient les partenaires externes dans la communication et la conception des outils pédagogiques à destination des enfants et publics scolaires.

Quel avenir pour la culture ?

Pour An, la culture est présente dans tout ce que l'on fait, dans la gastronomie, dans la mode… L'offre culturelle doit sans cesse se réinventer et cela permet de booster la créativité. Et si An pouvait convier une personnalité belge pour une visite du BELvue, elle choisirait : le grand Jojo ! Elle aime les vrais brusselaires !

Plusieurs freins empêchent les gens d'entrer dans les musées. Malgré les possibilités d’accéder aux musées à prix réduit, l’aspect financier reste un poids important dans la balance. Le temps est compté pour tout le monde… alors la visite d'une exposition n'est pas toujours dans les priorités. Si on ajoute à cela la distance que certains doivent parcourir pour faire une visite, la motivation diminue.

Certains visiteurs peuvent aussi craindre de ne pas se sentir à leur place. Le musée BELvue est un musée d'histoire, ce qui peut les effrayer. Les institutions muséales travaillent énormément afin de transmettre aux différents publics un message d'ouverture et d'accueil, développer des activités éducatives et ludiques, qui ont toutes leurs importances.

Lorsque les participants questionnent An sur le projet "Public à l'œuvre", elle se montre rassurante et confiante. Le plus grand défi, lui semble-t-il, sera de rencontrer les attentes du groupe. Si l'exposition finale ne ressemble pas à ce que les participants ont en tête, elle craint qu'ils soient déçus. Aurélie Cerf, coordinatrice de projet au BELvue, avait peur que "la mayonnaise ne prenne pas" dans le groupe (cfr interview du 19/09/19 dans En Marche). Mais cela a très vite été balayé d'un revers de la main ! Et les attentes personnelles de la directrice par rapport à ce projet ? "Je ne veux pas vous mettre la pression… J'espère être surprise par votre approche et vos idées. Je suis très curieuse" s'enthousiasme An.

Questions décalées à An Lavens

An Lavens entourée par un groupe dans les archives.An Lavens, directrice du BELvue depuis 12 ans, a un parcours atypique. Elle commence des études en sciences économiques mais elle est abordée par le magazine Flair qui lui propose de devenir mannequin. Elle voyage dans le monde pendant plusieurs années. De retour en Belgique, elle achète une maison qu'elle prend plaisir à rénover. Elle reprend des études à la VUB en communication et cherche sa voie au niveau professionnel… Travailler pour une entreprise privée ne correspond pas à ses attentes : trop orienté profit. En 2005, elle décroche un poste de responsable communication au musée BELvue. Un an et demi plus tard, le directeur quitte son poste et c'est An qui est nommée à la tête de cette institution.

De nature optimiste, elle voit vite les possibilités qui se dégagent pour un projet. Elle le reconnaît elle-même : c'est un luxe de pouvoir être optimiste car elle peut compter sur une équipe réaliste qui s'occupe de tout. An est très fière de ses collaborateurs. Grâce à leur travail, les partenaires et les visiteurs se sentent les bienvenus et sont en confiance, ce qui est très précieux au quotidien.

Quelle langue étrangère auriez-vous aimé apprendre ?

AL : J'ai des amis finlandais et j'adore les écouter parler. Je pense que j'aurais aimé apprendre cette langue, pas facile du tout !

Quand vous ne trouvez pas de place de parking, comment réagissez-vous ?

AL : Je suis en général très patiente donc je cherche calmement une place… sauf en cas d'urgence évidemment !

Quelle est votre œuvre préférée au musée ?

AL : Il y en a beaucoup, je n'en ai pas vraiment de préférée… J'ai été étonnée de savoir que le passe-vite est une invention belge. Ce n'est pas un objet glamour mais c'est ludique et utile !

Que préférez-vous manger : des moules-frites, un pâté gaumais ou des boulets à la liégeoise ?

AL : J'habite à Ostende, j'ai donc plutôt tendance à manger des moules. Je mange plus rarement des boulettes. Je ne connais malheureusement pas le pâté gaumais.

Ananas sur les pizzas… idée géniale ou insulte à la gastronomie italienne ?

AL : Quand j'étais enfant, j'aimais ce mélange sucré-salé mais plus tard j'ai découvert qu'il y avait d'autres mélanges sucré-salé plus intéressants !

À quelle époque auriez-vous aimé vivre ?

AL : J'aime m’imaginer vivant à une autre époque, à la préhistoire par exemple. Je trouve fascinant d’imaginer à quoi ressemblait la vie à ce temps-là, comment vivait-on, comment se nourrissait-on, comment dormait-on dans une grotte… Mais notre époque me fascine. Tout va très vite et c'est exaltant de vivre ces avancées technologiques. Je suis heureuse d'être née ici et maintenant.

Si vous étiez un élément, lequel choisiriez-vous ?

AL : Au travail, j'aime être "le feu" car je suis énergique et je donne de l'énergie. À la maison, je choisirais l'eau, en général plus calme et plus fluide.

Les réserves du BELvue

An Lavens montre les archives et a un gros trousseau de clés en main.Le moment est venu de prendre le gros trousseau de clés et de monter au 3e étage, inaccessible au public bien sûr ! Lorsque le musée de la dynastie a fermé ses portes en 2005, le BELvue a conservé les collections.

Le grenier contient une collection éclectique d'objets personnels de la famille royale, des portraits, des peintures, des boîtes de biscuits à l'effigie des membres royaux. Un costume d'Albert II est conservé précieusement. Une pièce est dédiée à chaque roi. Tous les objets sont classés soigneusement et numérotés afin de les retrouver facilement. Des boîtes sont remplies de photos en noir et blanc et classées : Prince Baudouin Boy-Scout, voyage au Congo en 1955, baptême, fiançailles, mariage… Une véritable caverne d'Alibaba que les participants prennent plaisir à découvrir. "Et le violon, là ?" s'enquiert une participante. "Il appartenait à la reine Élisabeth" précise An. Mais au fond, qui emprunte ces objets ou ces manuscrits ? Ils sont surtout utilisés pour des expositions. Certains journalistes les utilisent également pour écrire des livres. Dans l'exposition permanente du BELvue, la plupart des objets en rapport avec les rois ou les reines belges proviennent de cette réserve. La mission du musée est de conserver au mieux ces objets pour qu'ils puissent être empruntés. Chacun peut faire une demande de prêt dans le cadre de la conception d’une exposition ou pour des recherches scientifiques et académiques.

 Photos en noir et blanc des archives royales.Les photos en noir et blanc des archives consacrées à la dynastie. © Arts & Publics

Deux personnes découvrent le violon de la reine Elisabeth.Le violon de la reine Elisabeth © Arts & Publics

La prochaine étape pour le groupe sera de définir le thème général de l'exposition qu'ils vont présenter. Suite au prochain épisode sur enmarche.be.