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La MC conseille les détenus

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La réinsertion réussie des personnes incarcérées dépend entre autres des initiatives portées au sein des établissements pénitentiaires. À Ittre, la Mutualité chrétienne du Brabant wallon se joint à un projet porteur de sens. Reportage.


Entrer dans une prison "de haute sécurité" ne va pas sans le respect de règles drastiques : ranger dans un casier les effets personnels (téléphone, monnaie…), passer par le détecteur de métaux, présenter le faciès avant l'ouverture des portes… Une procédure habituelle pour les intervenants sociaux qui, comme ce matin, participent à la plateforme de réinsertion sociale. Porte après porte, grille après grille, une quinzaine d'entre eux se dirigent vers la salle de visite, vaste pièce éclairée par la lumière du jour qui traverse des vitres épaisses comme le poing.

Une quinzaine de tables accueillent autant de services actifs dans la formation et l'emploi, le logement, l'aide aux justiciables, la gestion des assuétudes… Séverine Hoquez, "Madame prison" du service Social de la MC Brabant wallon(1), est l'unique représentante des mutualités. Sa mission : répondre aux préoccupations des détenus qui, à leur sortie de prison, devront se réinscrire auprès d'une mutuelle. En effet, tout au long de leur incarcération, leurs frais médicaux sont à charge de la Justice. Hors des murs, c'est l'assurance soins de santé qui prend le relais, comme pour chaque citoyen belge.

Des infos pour avancer

Tout de gris vêtus, les hommes incarcérés arrivent au parloir. Ils se serrent la main, prennent des nouvelles des uns et des autres. Certains sont munis d'une farde contenant des documents soigneusement rangés tandis que d'autres se dépêtrent avec papiers, enveloppes… sur lesquels sont gribouillées quelques notes. "Comment faire pour m'inscrire à la mutuelle une fois sorti de prison ?" est la principale question posée par les bénéficiaires. L'assistante sociale explique qu'il leur suffira de présenter une attestation de fin de détention à leur mutualité pour être réintégré dans le circuit. Pas de frais, pas de stage d'attente, effet immédiat. Reste d'autres interrogations auxquelles il est plus difficile de répondre.

Comme cet homme, déclaré invalide avant son entrée en prison "à cause des treize coups de couteau", dit-il. Qu'en sera-t-il à sa sortie de son statut ? "Ce ne sera pas évident, dit Séverine Hoquez, il y a d'autres règles à respecter afin de pouvoir être reconnu invalide." Un long silence indique l'impossibilité de répondre à sa requête. L'homme est hagard. Une fois éloigné de la table, Séverine semble s'en vouloir : "Je casse un peu leur rêve… Mais mieux vaut ne pas leur faire miroiter des choses."

Durant toute la matinée, les détenus piocheront des infos auprès des différents services. Autant de pistes qui les mèneront peut-être sur le chemin de la réinsertion. Autant de pistes, aussi, à fournir au Tribunal d'application des peines en vue d'une sortie conditionnelle ou surveillée. Où logeront ils ? Où se formeront ils ? Le tableau de la réinsertion sera peint avec les couleurs qu'ils choisissent aujourd'hui.

"Penser la réinsertion dès le premier jour en cellule"

Tous les trimestres, une trentaine d'hommes (sur 420 détenus) participent à la plateforme de réinsertion sociale. "Ils peuvent tous y participer, souligne Fleur-Anne Gonsette du Service d'aide aux détenus, pas seulement ceux qui sortiront bientôt". Une ouverture qui se justifie par "la nécessité de penser la réinsertion dès le premier jour en cellule", affirme-t-elle.

Parfois ça marche, parfois pas. "On rencontre ici des personnes dont on s'occupera après leur sortie, raconte le travailleur d'une Maison de justice. Il arrive alors que ces personnes nous reconnaissent dehors. Malheureusement, il arrive aussi que la mesure de libération soit révoquée et que l'on retrouve l'un ou l'autre ici, à la plateforme".

L'existence de la plateforme reste toutefois positive pour les prisonniers. "On peut voir ce qui se fait en termes de formation, dit Imad. Les ASBL nous aident à trouver des adresses, des contacts, cherchent des infos sur Internet puisque nous n'y avons pas accès." Est-ce suffisant pour viser la réinsertion ? "Non. Il faut aussi se former dans la prison. Moi, j'ai appris à faire la cuisine pour plus de 400 personnes." Une initiative "pour aider" mais qui aussi, il l'espère, prouvera sa motivation une fois son dossier sur le bureau du Tribunal d'application des peines.

 

(1) Aujourd'hui ou par le passé, d'autres régions participent aussi à des plateformes de réinsertion sociale dans les prisons. C'est le cas, notamment, de la MC Liège, Hainaut oriental, Hainaut Picardie et Verviers.

Des nœuds

Par son investissement dans les prisons de Ittre et de Nivelles, la MC Brabant wallon identifie des dysfonctionnements en matière de soins de santé dans les établissements pénitentiaires. Par exemple, depuis 2013, le médicament non-prescrit par le médecin de la prison est entièrement à charge du détenu.

Plus interpellant : la situation des prisonniers en permission de sortie. "Les délais d'attente pour voir un médecin spécialiste en prison est très important (six mois environ), raconte Séverine Hoquez. Le détenu qui voudra profiter de sa permission de sortie pour consulter devra le payer entièrement de sa poche puisque le rendez-vous a lieu à l'extérieur de la prison."