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Incapacité de travail : ce qu’en disent ceux qui l’ont vécue

Se soigner, guérir, se reconstruire après un burnout ou une dépression, cela demande du temps.(c)iStock Se soigner, guérir, se reconstruire après un burnout ou une dépression, cela demande du temps.(c)iStock

Quels sont les problèmes de santé à l'origine de l'incapacité de travail ? Comment les personnes ont-elles traversé cette période? Quels sont les facteurs qui facilitent ou, à l'inverse, freinent la reprise du travail? 4.350 membres de la MC ont accepté de témoigner de leur expérience. Ils formulent de nombreuses suggestions pour améliorer la prise en charge de l'incapacité de travail.


À l'automne 2019, la MC a organisé une vaste enquête auprès de ses affiliés ayant vécu récemment une période d'incapacité de travail indemnisée dans le régime des salariés(1). Quoi de mieux, en effet, que de donner la parole aux principaux intéressés pour comprendre l'ensemble du trajet de l'incapacité de travail, "avant, pendant et après". 4.350 personnes ont répondu à un long questionnaire en ligne, dans lequel elles ont pu, à loisir, compléter leurs réponses par des témoignages, réflexions et suggestions. Tout ce matériau représente, pour la MC, une mine d'informations et d'enseignements utiles à la fois pour améliorer ses propres services et pour construire et étayer ses recommandations politiques (lire l'éditorial d'Elisabeth Degryse).

Une incapacité sur deux liée au travail

Les résultats de l'étude confirment ce que les statistiques de l'Inami livrent froidement : les principales maladies à l'origine de l'incapacité de travail sont, d'une part, les burnouts et/ou les affections psychiques (37%) et d'autre part, les maladies du système ostéoarticulaire et des tissus conjonctifs (32%) (2). "Dans la majorité des cas, les personnes souffrant de ces maladies considèrent que leur situation professionnelle est en partie responsable de leur incapacité, observent les chercheurs du service d'études de la MC. Sans grande surprise, les conditions et l’organisation du travail – en particulier une charge de travail trop élevée – ainsi que les relations avec la hiérarchie et/ou les collègues sont le plus souvent mises en cause par les travailleurs effectuant des tâches intellectuelles. Quant aux travailleurs exerçant des taches manuelles, ils pointent surtout la pénibilité et les conséquences physiques de l’activité professionnelle".

L'étude montre aussi que plus l’autonomie au travail s’accroit, moins la situation professionnelle est considérée comme la source de l’incapacité de travail. Même constat lorsque les répondants ont de bons rapports avec leurs collègues et leur responsable. Cela étant, le risque de tomber en incapacité à cause de la situation professionnelle n'épargne personne, ni les plus jeunes, ni les travailleurs à temps partiel, ni ceux qui exercent une fonction dirigeante. Seules les raisons invoquées diffèrent. La surcharge de travail est plus souvent avancée par les travailleurs à temps partiel ou les fonctions dirigeantes que les mauvaises relations interpersonnelles par exemple.

Contacts, soutien et revenu décent

Pouvoir prendre le temps et disposer des ressources nécessaires pour se soigner et se rétablir complètement lorsqu'on est en incapacité de travail apparaissent com me une évidence. Les répondants à l'enquête soulignent l'importance de garder des contacts sociaux, de continuer à structurer ses journées et de pratiquer régulièrement des activités que l'on aime, pour se distraire et se faire du bien. Tout cela peut aider à la récupération. Bénéficier d'écoute, de compréhension et de soutien est aussi déterminant, ajoutent-ils. De la part de l'entourage en premier lieu mais aussi des pro fessionnels avec lesquels ils sont en contact, que ce soit pour le suivi des soins ou la reconnaissance de l'incapacité. À cet égard, les répondants expriment notamment leur besoin d'être accompagnés par le médecin-conseil de la mutualité, de se sentir écoutés et compris par lui.

A contrario, les difficultés et obstacles au rétablissement ne manquent pas, comme en témoignent les répondants. Ainsi, les nombreuses formalités administratives nécessaires pour bénéficier d'indemnités doivent être effectuées au moment où les personnes se sentent physiquement et/ ou mentalement plus fragiles. Dans ce contexte, ces démarches peuvent être source de stress d'autant plus si les informations apparaissent peu claires ou que l'aide semble compliquée à obtenir.

Par ailleurs, la diminution soudaine et parfois spectaculaire des revenus place les personnes – et leur famille – dans une situation financière difficile, et les oblige à concentrer leur énergie davantage à la survie qu'à leur rétablissement. Dans le même temps, elles doivent généralement faire face à des dépenses de santé plus élevées. On peut encore ajouter à ce sombre tableau l'insuffisance ou l'inexistence de remboursement des modules d'accompagnement en réorientation professionnelle et de soutien psychologique qui, pourtant, s'avèrent bénéfiques, comme l'expriment nombre de personnes qui y ont recouru pendant leur incapacité. Enfin, la pression exercée par l'employeur, l'entourage ou le corps médical pour reprendre le travail au plus vite apparait clairement comme un facteur négatif au rétablissement.

"Vivre en incapacité de travail ne va pas de soi. Cela n’a rien d’un privilège, bien au contraire. C’est devoir vivre avec des moyens restreints tout en faisant face à la maladie et à ses conséquences. Beaucoup de personnes disent d'ailleurs qu'elles ont repris le travail à cause de problèmes financiers et non parce qu' el- les étaient en mesure de le faire, s'inquiètent les auteurs de l’étude. Cela étant, les répondants à notre enquête ne demandent pas qu’on s’apitoie sur leur sort. Ce qui leur manque, ce n’est pas la motivation à travailler, mais bien la capacité à effectuer leurs tâches professionnelles". Nombreux sont ceux qui, dès qu'ils le peuvent, prennent des initiatives en ce sens, cherchent des informations, demandent des aménagements de leur travail, etc. Souvent, ils expriment le sentiment d'être seuls et démunis, renvoyés du médecin-conseil au médecin du travail ou vers le médecin traitant, à devoir eux-mêmes assembler les pièces du puzzle et à argumenter pour reprendre le travail au bon moment et dans les bon nes con ditions (3). "Cela peut paraitre évident, mais se soigner, guérir, se reconstruire (après un burnout, une dépression, etc.), cela demande du temps. La patience est donc une recommandation à suivre et elle vaut pour la société entière: prendre le temps de surmonter une incapacité de travail, qui parfois se prolonge, ce n’est pas faire preuve de fainéantise, c’est un processus qui peut être compliqué (avec des allers et retours) et ne se fait pas sous pression", concluent les chercheurs. 


(1) Personnes ayant perçu une indemnité d'incapacité de travail au moins un jour entre le 1er janvier 2018 et le 31 mai 2019 et en incapacité de travail depuis maximum trois ans.
(2) Les autres affections dont souffrent les répondants sont les cancers, les maladies cardiovasculaires et les maladies neurologiques et sensorielles.
(3) Au moment de l’enquête, la moitié des répondants qui travaillaient avant leur incapacité avaient repris le travail, une majorité chez le même employeur (42%) tandis qu’une minorité a changé d’employeur au retour de l’incapacité (9%). Dans les deux cas, la majorité a opté pour une reprise du travail à temps plein.

Pour en savoir plus ...

"Trajets de l’incapacité de travail : l’expérience des personnes avant, pendant et après leur incapacité" • S. Vancorenland, C. Noirhomme, H. Henry, H. Avalosse, K. Van der Elst, L. Lambert et P. Michiels • Service d'études et département politique de la MC • Juin 2021 • Les résultats de l'étude sont parus dans MC Informations n°284, juin 2021.

Le risque de tomber en incapacité à cause de la situation professionnelle n'épargne personne, ni les plus jeunes, ni les travailleurs à temps partiel, ni ceux qui exercent une fonction dirigeante.

Réussir son retour au travail

Certains facteurs facilitent la reprise du travail. Observations et conseils à partir des témoignages recueillis auprès des personnes ayant répondu à l'enquête de la MC.

Être suffisamment rétabli

Pour reprendre le travail, il importe de sentir que l'on a suffisamment récupéré. Il faut prendre le temps de se soigner et de se rétablir complètement, sous peine de rechute en incapacité. Pour y parvenir, il est parfois nécessaire de travailler sur soi-même. Un soutien psychologique peut aider à reprendre pied et retrouver confiance et estime de soi. Un coaching en (ré)o rientation professionnelle peut être aussi utile pour identifier les pierres d'achoppement, redécouvrir ses compétences et potentialités, explorer des alternatives possibles, etc. Parfois, accepter la maladie et apprendre à vivre avec les limites qu'elle impose est une étape nécessaire.

Bénéficier de soutiens

Le soutien des proches est déterminant dans le retour au boulot. Celui des collègues de travail, du médecin traitant ou d'autres prestataires de soins (spécialiste, kiné, psychologue, ostéopathe, etc.) est également jugé important.
Avant la reprise, établir des accords clairs en ce qui concerne l'adaptation des tâches ou l'horaire de travail est conseillé. Les collègues sauront à quoi s'attendre et ils pourront se montrer soutenants et compréhensifs. C'est d'autant plus important que la période d'absence a été lon gue. Le fait que les collègues aient maintenu le contact avec la person ne pendant son incapacité, avec une préoccupation réelle concernant sa santé et son rétablissement (qui la soulage de la pression de devoir retourner au travail rapidement), facilite grandement la reprise. Une communication honnête et ouverte avec le supérieur hiérarchique est aussi importante pour éviter les malentendus.

Disposer des aménagements du travail nécessaires

Bien souvent, la personne se sent prête à retravailler mais pas au même poste de travail ou dans les mêmes conditions qu'avant son incapacité. Dans ce cas, il lui est conseillé d'en parler préalablement avec son médecin traitant ou son médecin-conseil. Elle peut aussi demander à rencontrer le médecin du travail qui pourra faire un bilan de sa situation de santé et envisager avec elle les dispositions qui faciliteront la reprise du travail : un aménagement de l’organisation du travail moins stressante ou moins exigeante physiquement, une reprise partielle de l'activité avec des horaires réduits, l’adaptation du poste de travail, la réorientation au sein de l'entreprise, etc.
Dans les faits, il semble que ce besoin d'adaptations ne soit pas toujours rencontré. C'est ce dont se plaignent 40% des répondants à l'enquête, qui avaient exprimé un tel besoin…